La liberté au volant

La Presse reprenait hier un article du NY Times sur l’aumobile autonome. Il s’agit d’une automobile dont la conduite est entièrement contrôlée par ordinateur, sans intervention humaine. Mise au point par Google avec la participation de l’industrie automobile, elle entraîne l’inévitable question: devons-nous retirer les humains du volant?

On entend déjà les cris rageurs de certain qui invoqueront la sacro-sainte liberté pour s’élever contre un tel projet. Et en effet, il y a lieu de se demander si l’automatisation de la conduite empiéterait sur nos droits individuels et collectifs. Mesurons le tout aux conséquence du laissez-faire.

Un rapport des Nations-Unies mentionnait, dès l’an 2000, que les décès au volant pourraient devenir la 3ème cause de mortalité à l’échelle internationale d’ici 2020. Ceci, devant la malaria, le VIH et la tuberculose. À l’époque on recensait annuellement 1,26 millions de décès causés par des accidents automobiles (le quart de tous les décès accidentels) et l’impact économique de ces accidents était évalué à 518 milliards de dollars.

Ainsi, selon Statistiques Canada, le nombre d’accidents automobiles a baissé de plus de 30% entre 1990 et 2009; le nombre de décès causés par ces accidents a chuté de 44% et le nombre de blessés (des plus légers aux plus sérieux) de 34%. Le nombre de blessés graves (nécessitant une hospitalisation) a chuté de plus de 50% cependant.

En 2009 ce sont 2209 décès et 11451 blessés graves qui furent ainsi remarqués. En 2009 on recensait 23 millions de titulaires de permis de conduire sur une population de 33,7 millions de personnes. On parle donc de moins de 0,007% qui décède et 0,03% de la population qui, à chaque année, subit de graves conséquences d’un accident automobile. Y’a-t-il vraiment matière à brimer la liberté de conduire de millions de conducteurs pour une minorité de décès?

Regardons les choses sous un autre angle, par contre… L’espérance de vie au Canada est de 80,7 ans. Donc, tout bien cumulé, vos chances de décéder dans un accident sont de 0,5% et celles d’être blessé, de 2,7%.À ce stade-ci, tout statisticien qui se respecte voudra m’arracher la tête. Je n’ai pas tenu compte de la baisse du nombre d’accident, de la baisse du nombre de décès, ni de la possibilité par tranche d’âge d’être impliqué dans un accident. En réalité, les décès par accident automobile représentent environ 1% de tous les décès, chaque année. Mais le but est de démontrer que nous ne pouvons pas nous arrêter aux statistiques d’une seule année, nous devons aussi prendre en compte l’effet à long terme de cette décision.

Bref, la situation actuelle comporte de grandes lacunes. Mais nous ne pouvons pas pour l’instant mesurer quel serait l’impact de l’automatisation de la conduite. À partir de quel point les gains en vie humaines, en accidents évités et l’économie financière justifient-elles une entrave à notre droit individuel de conduire comme on le veut, quand on le veut?

Est-ce la peine de sacrifier la liberté au volant pour une vie humaine? Vingt vies humaines? Cent, mille vies? Comment évalue-t-on le coût de la liberté? Comment pouvons-nous mettre ces deux variables en relation?

Le débat ne fait que commencer; il sera sans doute très houleux, touchant à un mythe fondamental de la civilisation nord-américaine.

Quelles réponses apporteriez-vous à ces questions?

Patrick Levesque

Blogueur au parcours professionnel et académique varié ayant couvert (à ce jour) les sciences, la musique, l’histoire, l’administration et la finance. Il va de soit que tous ces domaines alimentent ma réflexion sur les différents sujets qui seront couverts ici.

Mes billets seront également des occasions d’expérimenter avec différentes idées et ce, que ce soit au niveau culturel, philosophique, économique, politique, etc.Le tout sans trop se prendre au sérieux, évidemment.

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