Procès Shafia – quand la religion rencontre le criminel

Photo - CTV News et Globe and Mail

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Au moment d’écrire ces lignes, le jury délibère afin d’arriver à un verdict dans la cause des Shafia. Ce procès fait la une de tous les journaux et pour cause : trois personnes sont accusées d’avoir assassiné trois filles et la première femme de Shafia. Parmi ces accusés, Shafia lui-même. Les événements se sont produits au début de l’été 2009. Lorsque j’en entends parler, le sang se glace dans mes veines et la colère me prend.

Dans la vie de tous les jours, comment un père peut-il comploter pour tuer sa première femme et ses trois filles? Admettons qu’il déteste sincèrement sa première femme; un moment de folie meurtrière, nous avons déjà vu ça malheureusement et beaucoup trop souvent. Je n’ai pas tous les éléments de preuves entre les mains alors je ne peux pas de toute façon dénoncer le verdict s’il ne va pas dans le sens que je prendrais : meurtre prémédité au moins pour le père. Malgré tout, ce procès permet la confrontation entre la religion et le criminel.

Les filles de Shafia vivaient en Occident. Elles portaient des manches et des jupes courtes, se promenaient avec des amis sur la rue. Pour le père, ce comportement était inacceptable. Ses filles devenaient débauchées et les putains de la pire espèce, elles déshonoraient la famille parce qu’elles pouvaient peut-être avoir des relations sexuelles hors mariage et qu’elles rentraient à la maison après 21h. J’ai déjà parlé de conditionnement et les Shafia, de l’extérieur, demeurent un exemple parfait du conditionnement de la religion sur l’être humain.

Les accusés n’ont pas réussi à s’intégrer à leur société d’accueil. Ils ont amené leur extrémisme avec eux et le Canada a failli à l’intégration de ces nouveaux arrivants. Cependant, les filles et la première femme de Shafia ont réussi ce tour de force. Elles avaient rejeté l’oppression et avaient embrassé la liberté offerte par les pays occidentaux. Les extrémistes de la religion musulmane oppriment les femmes et les maintiennent à un niveau inférieur à celui de l’homme. J’insiste sur le mot « extrémiste », car des musulmans j’en connais et la grande majorité prône une religion de paix, de partage et de respect.

Des extrémistes il y en a partout, même chez les catholiques. Je déplore l’extrémisme religieux puisqu’il mène souvent à des meurtres approuvés par la communauté extrémiste elle aussi. C’est d’ailleurs la grande différence entre le « meurtre d’honneur », le « meurtre passionnel » ou le « meurtre tout court » : le meurtre d’honneur reste un acte approuvé par la société extrémiste alors les auteurs ne sont pas punis dans ce type de regroupement.

Enlever la vie pour cause de déshonneur me dépasse : qui décide du niveau de déshonneur passible de mort, seules les femmes peuvent être déclarées coupables et pas les hommes? Est-ce que seules les femmes sont dénoncées d’adultère et les hommes eux c’est acceptable?

Je souhaite la bienvenue à tous nos nouveaux arrivants. Je peux me douter qu’il est extrêmement difficile de s’adapter à un nouvel environnement politique, physique, culturel, judiciaire. Je salue votre courage et votre détermination à vous construire une nouvelle vie. Et la très grande majorité d’entre vous travaille très fort pour réussir et vous y arrivez; bravo!
Pour la minorité extrémiste, sachez que je demeure dans un pays où les droits religieux ne primeront pas sur les droits des femmes.  Vous me trouverez sur votre chemin si vous tentez d’imposer l’inverse.

Le verdict du procès Shafia va tomber bientôt. Si le phénomène existe : que les âmes de ces femmes reposent en paix.

Màj :

Les trois accusés sont coupables de meurtre prémédité sous quatre chefs d’accusation.

Marilène Pilon

Plutôt active sur Twitter sous @MarilenePilon, je suis une indépendantiste convaincue: vivement notre pays du Québec. Mes articles concernent principalement le politique et mon blogue personnel http://marilenepilon.wordpress.com contient également des billets plus ludiques.Bonnes lectures!

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