L’égalité homme-femme? Justement, parlons-en

feminisme
L’égalité homme-femme est un sujet qui n’a de cesse de faire couler de l’encre.

Au cours des dernières années, le sujet est revenu plusieurs fois à l’avant-plan. Parfois porté par des  »masculinistes », genre de machos frustrés craignant de perdre ce qui leur reste de privilèges. Plus souvent par des groupes féministes qui déplorent que malgré tous les efforts législatifs déployés, la vraie égalité, l’égalité de fait, semble encore bien loin d’être atteinte.

Plus récemment, le sujet a fait les manchettes à répétition dans le cadre du débat sur la  »Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement ».

Une lutte historique

Au Québec, les femmes obtinrent le droit de vote en 1940, droit qu’elles possédaient au fédéral depuis 1918 et au municipal depuis 19321. La loi sur l’égalité salariale elle, ne date que de 1996. N’oublions pas non plus les nombreuses luttes que les femmes durent mener tout au long du 20e siècle pour des choses qui nous apparaissent aujourd’hui comme des évidences. L’accès aux études supérieures, le droit de se présenter aux élections, le droit à l’avortement et j’en passe.

Il est indéniable que la lutte des femmes est une lutte de tous les instants. Non seulement les acquis sont-ils fragiles, mais l’écart entre l’égalité affirmée dans la loi et la réalité vécue quotidiennement par les femmes me semble inacceptable.

Par contre, la manière dont cet enjeu est instrumentalisé dans le débat actuel me trouble profondément.

L’égalité homme-femme : un pilier de notre société

On entend souvent dire par les partisans de la charte du gouvernement que celle-ci est nécessaire, car il est important d’assoir l’égalité entre les sexes comme l’un des fondements de notre société.

Il me fait ici plaisir de les rassurer, car l’égalité homme-femme est inscrite non pas à un, non pas à deux, mais bien à trois endroits dans notre Charte québécoise des droits et libertés2. Non seulement apparait-elle dans la version originelle de 1975, mais elle fut ajoutée à deux endroits en 2008, notamment dans le préambule.

Considérant la nature quasi constitutionnelle du document en question, il est difficile d’officialiser davantage cette noble valeur comme l’un des piliers de notre société.

L’égalité homme-femme, une valeur québécoise?

L’égalité homme-femme serait donc l’une des valeurs communes à tous les Québécois. Au niveau juridique du moins. Car dans les faits, la situation est loin d’être rose.

Le 11 novembre, dans son blogue, l’Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques (IRIS) rappelait que cela fait maintenant 17 ans que la loi sur l’égalité salariale avait été adoptée à l’Assemblée Nationale. Non seulement ça, mais le rattrapage au niveau des salaires devait se terminer… Il y a trois ans déjà.

Au Québec en 2010, les femmes n’ont gagné en moyenne que 73.7% du revenu moyen des hommes. Elles sont sous-représentées aussi bien dans les institutions politiques qu’en entreprises. Elles représentent 65.4% des travailleurs à temps partiel, synonyme dans bien des cas de précarité, autant au niveau de la sécurité d’emploi que des bénéfices3.

Dans Le Soleil, Pierre Asselin soulignait que dans son récent Plan d’action solidarité, le gouvernement péquiste avait complètement abandonné les femmes monoparentales. Près de 30 000 femmes, les mères parmi les plus vulnérables de notre société verront leurs prestations réduites4. C’est scandaleux.

En plus des inégalités économiques, les femmes sont également victimes de 81% des crimes contre la personne en milieu conjugal5 et la liste de statistiques semblables est plus longue qu’on ne voudrait le croire.

Tout ça sans compter les animateurs de radiopoubelles et autres dinosaures qui invitent régulièrement les femmes à jouer leur rôle traditionnel et à retourner à leurs cuisines. Juste à ouvrir une télévision deux minutes pour se rendre compte que l’égalité des sexes au Québec n’est toujours qu’un vœu pieux.

L’égalité homme-femme une valeur commune à tous les Québécois? Une priorité du gouvernement péquiste? Laissez-moi rire.

Les femmes et la religion

Un autre des arguments qui revient souvent chez les partisans du projet de loi 60, c’est qu’une des principales raisons d’être de cette charte serait de protéger les femmes contre les abus des religions. D’après eux, les Églises seraient des institutions intrinsèquement misogynes .

Au Québec, si les femmes ont ardemment lutté pour sortir l’Église de leur chambre à coucher, de leur utérus et même de leur garde-robe, ce n’est certainement pour y faire entrer l’État. L’État québécois ayant d’ailleurs longtemps été lui-même un complice, voire même un outil d’oppression de la femme.

Que des institutions aient été instrumentalisées pour assujettir les femmes au pouvoir des hommes, il ne fait aucun doute. Mais pourquoi les femmes n’auraient-elles pas le droit de se réapproprier leurs religions, au même titre qu’elles se réapproprient progressivement les institutions civiles?

En quoi l’émancipation des femmes nécessite-t-elle de brimer leur spiritualité?

Suffit le paternalisme, aussi bienveillant désire-t-il être. L’égalité entre les sexes c’est ça aussi. Accorder aux femmes le même droit de regard que l’on accorde aux hommes dans la conduite de leurs institutions.

La cause des femmes n’est pas un outil markéting

Il est profondément indécent, à mon sens, qu’un gouvernement instrumentalise ainsi la lutte des femmes pour vendre ce projet politique. Surtout que, outre la frange radicale de citoyens qui voient dans cette charte un outil de lutte à l’islamisme, le projet ne contient absolument aucune mesure qui s’attaquerait aux injustices auxquelles sont confrontées les femmes québécoises.

Tout au plus, les articles concernant le port de signes ostentatoires dans la fonction publique amèneront un nombre inconnu d’employés, principalement de femmes musulmanes voilées, à choisir entre l’abandon d’un symbole religieux qui leur est cher et la perte d’un emploi qu’elles valorisent.

Belle égalité, non? Cette charte n’a l’intérêt des femmes à cœur que dans le nom. Tant qu’à mettre ses culottes, à quand un gouvernement qui exigerait que les employeurs rémunèrent leurs employées de sexe féminin au même titre que les employés de sexe masculin? À travail égal salaire égal, c’est pourtant simple, non?

À quand un gouvernement qui mettrait ses culottes pour dénoncer le sexisme latent de l’univers médiatique? À quand un gouvernement qui mettrait ses culottes pour protéger les femmes des conséquences de la culture du viol?

Parce qu’on ne se le cachera pas. On peut inscrire l’égalité homme-femme à autant d’endroits, dans autant de documents légaux qu’on le désire, sans une réelle volonté politique, ça ne reste que des beaux mots.

(Crédit photo : craftivist collective)

 ________________________________________________________

1Francine Descarries, Chronologie de l’histoire des femmes au Québec et rappel d’évènements marquants à travers le monde, Institut de recherches et d’études féministes (IREF), UQAM, 2006-2007

2Gouvernement du Québec, site officiel, dernière mise à jour le 1er novembre 2013, http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM, consulté le 11 novembre 2013

3Institut de recherche et d’informations socioéconomiques, site officiel, 11 novembre 2013, http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/11-novembre-jour-du-souvenir-de-linegalite-salariale, consulté le 11 novembre 2013

4Pierre Asselin, Le vol intégral, Le Soleil, 11 novembre 2013, http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/editoriaux/201311/08/01-4708795-le-vol-integral.php, consulté le 11 novembre 2013

5Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, site officiel, 17 octobre 2013, http://www.cdpdj.qc.ca/fr/droits-de-la-personne/droits-pour-tous/Pages/egalite.aspx, consulté le 11 novembre 2013

Suivez-moi
59

Brice Dansereau-Olivier

Blogueur société, politique et économie. Rédacteur en chef chez laplusgrandegueule.com. Étudiant à temps partiel, militant et emmerdeur à temps plein. Siège sur le C.A. de Québec Inclusif. Révolté, effronté et opiniâtre.
Suivez-moi
59

Vos réactions :