iPhone 5, Chine, Occident, culpabilité, nazisme, etc.

Je ne peux plus faire comme si je ne savais pas. Je peux au moins écrire.

Depuis que je suis tout jeune, je sais que le fait de manger à ma faim me place dans une bande à part. La culpabilité est mon amie. La culpabilité est l’amie de l’Occidental. Et la plupart n’ont jamais mal au coeur. Je peux avaler ma bouchée alors que je vois une infopub de Vision mondiale à la télé sans sourciller.

C’est dans ce monde de merde que je vis. C’est dans ce monde de merde que mon contentement balaye le fait que des gens payent de leurs souffrances mon bonheur d’Occidental.

Vous vous douterez que mon dégoût trouve sa source de l’infiltration d’un journaliste du Shanghai Evening Post dans une usine qui fabrique les nouveaux iPhone 5. Il a découvert que les employés y sont traités quasiment comme des esclaves :

Des problèmes de sécurité sur ses sites de production, des bas salaires et des vagues de suicides ont attiré l’attention des ONG sur place, qui ont dénoncé une exploitation des travailleurs et des violations répétées du droit des salariés.

Si j’apprenais que tout cela est un complot d’un concurrent d’Apple qui en fait autant, ainsi que tous les autres, je ne serais même pas surpris…

Beaucoup de nos produits sont fabriqués dans des conditions exécrables, parfois par des enfants, nous le savons et il est beaucoup plus simple de ne pas y penser quand notre désir nous pousse à vouloir quelque chose. Ça se loge dans l’inconscient assez facilement cette p’tite bête-là. Donc, je ne suis vraiment pas mieux que quiconque. Je vous permets même de me lancer des tomates : au niveau informatique, je ne possède que des produits Apple. Une certaine Audrey Vernon va même jusqu’à se demander si je serais aussi coupable que les citoyens allemands qui ont fermé les yeux devant le nazisme :

 

Dans vingt ans, avoir eu un iPhone sera peut-être considéré comme un crime contre l’humanité.

 

Ça me donne froid dans le dos alors que je tape nerveusement sur le clavier de mon MacBook Pro.

Notre monde est un beau paradoxe. Des chinois qui fabriquent des iPhone 5 sont tellement poussés à bout par leurs employeurs qu’ils se suicident. Des occidentaux, qui travaillent comme des cinglés pour se payer le parfait kit du bonheur occidental, qui contient entre autres un iPhone 5 (ou un modèle d’une marque concurrente), se suicident. Je vous l’avoue tout de suite, je n’ai pas la solution, rien que le germe du problème.

Est-ce qu’il faudrait que je jette par la fenêtre mon G5, mon MacBook Pro et mon iPhone 4 pour me laver l’âme? Je ne crois pas. Je les ai, aussi bien les utiliser jusqu’à leur fin de vie, même s’ils ont le virus de l’obsolescence programmée.

Tout ce que je peux faire, c’est de pointer la chose comme je le fais, espérer que ma pression et celle des autres fera plier les genoux d’Apple devant la peur d’un boycottage et, à l’autre bout, que les travailleurs chinois vont s’organiser et se lever pour qu’on respecte le fait qu’ils sont des humains et qu’il est impossible pour eux de taire cette humanité pendant des heures interminables pour un salaire minable. Et si dans le futur les prix gonflent pour cette raison, eh! bien ça sera à nous de considérer cet achat comme un investissement et non seulement comme un simple amusement.

Ça serait toute une révolution. Bien plus importante que la révolution Apple.

Pascal Léveillé

Cofondateur et rédacteur en chef chez Le République
Cofondateur et rédacteur en chef du site Le République (anciennement Le Globe). Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle.
Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

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