Gabriel Nadeau-Dubois reconnu coupable

Hier, Gabriel Nadeau-Dubois a été reconnu coupable d’outrage au tribunal pour avoir encouragé les gens à faire respecter le vote de grève, malgré une injonction de la cour qui permettait à Jean-François Morasse de suivre ses cours. Sans surprise réelle, il a été prouvé que quand on encourage les gens à briser une injonction en direct à la télé, on est déclaré coupable.

Bien que le jugement ait une ou deux faiblesses, la conclusion ne surprendra personne. Ce qui est étonnant, c’est de voir la réserve que se garde maintenant le plaignant.

« Je crois qu’il est tout à fait légitime pour les étudiants de prendre les moyens de respecter le choix démocratique qui a été fait d’aller en grève »

-Gabriel Nadeau-Dubois, l’essentiel de la phrase qui l’a condamné d’outrage au Tribunal

Intimidation

Initialement, l’avocat de Morasse avait demandé un jugement exemplaire et une peine de prison. Cette peine s’expliquerait par les conséquences de la déclaration de M. Nadeau-Dubois. Comme l’ont souligné plusieurs avocats (dont Guy Bertrand, qui avait défendu 3 personnes dans un cas similaire), le risque d’emprisonnement était quasi-nul.

Il demeure que l’avocat de M. Morasse insistait beaucoup pour que GND soit emprisonné. Ironiquement, maintenant que Gabriel Nadeau-Dubois n’est plus porte-parole de la CLASSE et que la grève générale illimitée est terminée, on a changé d’idée. L’avocat de Morasse joue maintenant un autre air de violon et écarte lentement l’hypothèse de demander un emprisonnement. Il laisse entendre que s’il y avait eu un jugement pendant la grève, ça aurait valu la peine d’emprisonner l’accusé, mais que comme la grève est finie, ce n’est plus nécessaire.

Dans un certain sens, on pourrait appeler ça de l’intimidation. Parce que GND était porte-parole durant la grève, ça valait la peine de l’emprisonner. Mais comme il ne l’est plus, la conséquence de son outrage devrait être moins importante.

Les injonctions : arrêter de défendre les rats

Les injonctions ont été déclenchées par des étudiants qui ne voulaient pas respecter le vote de grève de leurs associations étudiantes et ils ont réussi parce que comme un étudiant n’est pas un travailleur, les associations étudiantes n’ont pas le droit d’invoquer le code du travail pour défendre leur droit de grève. Partout dans le monde, le droit de grève étudiante est reconnu, mais au Québec, c’est un concept que l’on a oublié de mettre dans nos textes de loi. Ça nous met dans l’embarras.

Il serait temps de reconnaître que les étudiants ont le droit de lever des cours, comme les syndicats ont le droit de voter une grève. Je crois que l’on a le droit d’être en désaccord avec les raisons d’une grève, mais pas d’interdire la grève aux étudiants. À plusieurs reprises, les étudiants ont levé des cours pour dénoncer certaines choses qui font maintenant l’unanimité. Ils font aussi des grèves pour des raisons locales ; la FAECUM avait fait la grève pour dénoncer l’arrivée de frais afférents injustifiés (frais technologiques) à l’université de Montréal, alors qu’il avait été prouvé que ces frais étaient une façon déguisée de refiler la facture aux étudiants pour un service tellement inefficace que l’UdM ne voulait plus la payer elle-même.

Je vais donner mon grain de sel: du début à la fin du conflit, les Verts ont fait appel à la Justice pour demander des choses auxquelles ils n’avaient pas nécessairement le droit. Mais comme le but des cours de justice est de faire respecter la loi, et non l’esprit de la loi, ils ont eu gain de cause. Dans le cas d’une grève, ils n’avaient pas à faire les rats. Et dans le cas particulier où Gabriel Nadeau-Dubois ne faisait que répéter le message de la CLASSE, ils n’étaient pas obligés de l’accuser d’outrage au tribunal. Les carrés Verts, c’était un petit mouvement, formé des étudiants les moins socialement responsables du Québec. Ça m’écoeure que le droit Québécois, mal préparé à recevoir la grève de 2012, ait été forcé de prendre leur parti.

Ajout: Suivez le billet de Patrick Lévesque (GBS) à ce sujet: Condamnation de GND: la petitesse

Maxime Payeur

Ancien président d'associations étudiantes récemment de retour de 6 mois de travail au Sénégal. Passionné d'alimentation, de biotechnologies, d'enjeux internationaux. De quoi donner plusieurs regards sur une même réalité.

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