800 000, et alors?

Note au lecteur :
La question de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels fait actuellement rage en France. Alors que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault s’apprête à présenter et à défendre le projet de loi du ministre de la Justice Christiane Taubira à la fin du mois de janvier (mettant ainsi en oeuvre une promesse de François Hollande durant la précédente campagne présidentielle), partisans et opposants au texte s’organisent et s’affrontent par médias interposés. C’est ainsi que les anti « mariage pour tous », conduits par une humoriste, se sont rassemblés hier dans les rues de Paris afin de marquer leur désapprobation. Une mobilisation nette qui ne devrait cependant pas modifier l’attitude et la détermination du gouvernement ni même celle des partisans de l’extension du mariage aux couples homosexuels qui manifesteront à nouveau, le 27 janvier prochain pour défendre le texte. Analyse.

Manifestants défilant contre le mariage pour tous dans les rues de Paris, dimanche 13 janvier

800 000. Ils étaient 800 000 – selon les organisateurs, 350 000 selon la police – à battre le pavé hier dans les rues de Paris dans le cadre de la « Manif pour tous », protestant contre le projet de loi Taubira instituant l’élargissement du mariage aux couples homosexuels. Une manifestation initiée par l’humoriste Frigide Barjot et à laquelle ont participé les principaux leaders de l’UMP et du Front national (excepté Marine Le Pen) afin de dénoncer une loi qu’il trouve dangereuse pour les fondements même de la société française.

Une mobilisation qui a donc rassemblé bon nombre de personnes opposés au projet du gouvernement et dont certains rêvent de faire reculer François Hollande, à l’instar de ce qui s’est passé en 1984 à propos du projet de loi sur « l’école libre ». A cette époque, les associations catholiques et l’opposition de droite s’étaient largement mobilisées pour dénoncer une disposition qui, selon eux, menaçait l’avenir de l’enseignement privé en France. Un bras de fer s’était alors engagé avec le gouvernement socialiste de l’époque (celui de Pierre Mauroy) qui s’était conclu par un rassemblement géant de deux millions de personnes à Versailles en juin. A l’issue de cette nouvelle manifestation, Alain Savary, ministre de l’Education nationale retira le projet de loi et remit sa démission au Président de la République, François Mitterrand. Par solidarité, Pierre Mauroy, premier ministre, fit de même.

Trente ans après, les opposants au mariage pour tous rêvent de faire de même, à savoir engager un rapport de force suffisamment puissant et solide pour faire plier le gouvernement quitte à faire preuve de contradiction notamment sur le plan de l’apolitique. Pour cela, toutes les revendications sont bonnes notamment celle d’exiger la tenue d’un référendum sur la question, histoire de mieux dénoncer un soi-disant manque de débat. Une revendication d’ores et déjà reprise par l’opposition et rejetée par le gouvernement qui considère que le débat doit avoir lieu en tout et pour tout à l’Assemblée nationale et que c’est le Parlement qui a le dernier mot.

De fait, en engageant un tel rapport de force, les opposants au mariage gay, menés par l’humoriste Frigide Barjot, espèrent pousser le gouvernement et le président de la République à la faute pour mieux obtenir in fine, le retrait du texte. C’est de bonne guerre et l’exigence d’un référendum n’est qu’un prétexte, une stratégie visant à mieux dénoncer le manque d’ouverture de François Hollande et sa ministre de la Justice, Christiane Taubira. Toutefois, un tel rapport de force cache mal certaines contradictions, notamment du côté des opposants au mariage pour tous.

Ainsi, la présence en tête de cortège des représentants de l’UMP et du Front national, espérant reprendre à leur compte une manifestation qui se voulait comme apolitique mais également la présence d’associations et de groupuscules catholiques intégristes tel que Civitas qui comptent bien profiter du succès relatif de la mobilisation d’hier. Enfin, la présence de banderoles et d’affiches ouvertement homophobes jettent un nouveau trouble dans une manifestation qui se voulait tolérante et familiale. A ce propos, les propos de Xavier Bongibault, porte-parole du collectif « Plus gay sans mariage », homosexuel de 21 ans opposé au projet de loi, comparant François Hollande à Hitler sont clairement révélateurs du véritable état d’esprit dans lequel se trouvent certains opposants au projet de loi Taubira, en faisant ainsi une affaire politique, à l’instar de ce qui s’était passé en 2009 aux Etats-Unis lorsque Barack Obama (lui aussi comparé au dictateur nazi) présenta son projet de protection sociale universelle. (Voir la vidéo ci-dessous)

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=RhUNvvLdajs]

De fait, bien que nombreux hier, les opposants au mariage du tous ne devraient pas contraindre le gouvernement à revoir sa copie, bien déterminé à défendre son projet à l’Assemblée nationale puis au Sénat tant qu’il s’agit avant tout d’une question de crédibilité et surtout d’autorité face à celles et ceux qui souhaitent en secret affliger une symbolique mais lourde défaite au gouvernement pour mieux l’affaiblir notamment dans l’optique des municipales de mars 2014.

Gilles Johnson

Blogueur français vivant à Paris, je m'intéresse tout aussi bien à la vie politique du Canada et du Québec qu'à celle de mon pays d'origine.

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