Sur l’anglicisation et la normalité

Dans la foulée de ce que provoque comme réactions toute l’histoire autour de « Notre Home », j’aimerais réfléchir sur le thème de l’anglicisation au Québec et de la normalité. Et je crois que de pointer les sphères d’interactions que sont les médias sociaux serait un bon départ. Parce qu’au niveau linguistique, il n’y a pas de réglementation qui tienne, la loi 101 n’y a pas prise. Donc, il est possible d’y examiner le réel poids de l’anglais.

Je pense surtout à toutes les communications culturelles, événementielles et entrepreneuriales. Pour ce qui est des communications personnelles, il serait bon ton de ma part de les occulter tout à fait puisqu’il en va de la liberté, mais je peux au moins constater que même ici des francophones s’anglicisent. En tant qu’amoureux de ce français bien particulier que nous tenons à bout de bras dans cette Amérique anglo-saxonne et, à moindre mesure, hispanophone, ça ne peut que me rendre triste, et je l’exprime : j’ai heureusement aussi cette liberté.

Pour ce qui est des entreprises québécoises, j’ai le grand regret d’en voir passer beaucoup sur Twitter qui choisissent de donner dans l’anglais mur à mur. Des entreprises de proximité qui n’ont pas vraiment besoin de faire un effort pour rejoindre la planète et qui seraient même plus en phase avec leur clientèle s’ils avaient choisi de la faire en français. Aussi, sur Facebook, de la part de francophones, je vois passer des annonces d’événements, j’en vois qui font leurs relations publiques seulement en anglais.

C’est ici qu’on en arrive avec la normalité. Ces entreprises, ces organisations et ces personnes lancent un message clair par leur choix linguistique. Entre l’unilingue francophone et l’unilingue anglophone, ils choisissent de privilégier la compréhension du deuxième. Il est normal pour eux de ne pas comprendre le français au Québec (ou très peu) et ils passent implicitement le message que tous les Québécois sont (ou se doivent d’être) bilingues. L’anglais est leur normalité. Le français est une quantité négligeable. L’unilingue francophone est une erreur à réparer pour le bon fonctionnement de la société.

Il faut que je le dise d’emblée, je suis en guerre contre cet état de fait. Aussi, tout comme Mélanie Robert, je ne vois rien de « cool » à parsemer notre français d’anglais, même que j’aimerais bien qu’on fasse marche arrière en ce qui concerne beaucoup de mots anglais qui sont entrés historiquement dans notre parler. Encore plus, j’adore l’initiative du site Topito (qui « poursuit son combat contre la disparition de la langue française ») avec ses propositions humoristiques de traductions intégrales des noms d’artistes anglo-saxons. Ça donne entre autres « Jean Marron » pour « James Brown » et « Michel fils de Jacques » pour « Michael Jackson »… Mon intellect rigole!

J’ai une anecdote récente à donner comme exemple pour bien montrer le problème, mais en dehors des médias sociaux. Une amie d’un ami arrive avec une autre femme, francophone, mais très anglicisée. Nous parlons tous en français sauf elle, qui nous parle constamment en anglais. Il a fallu que mon ami lui dise qu’il ne comprenait pas ce qu’elle lui disait parce que son anglais n’était pas assez bon pour qu’elle poursuive la soirée 100% en français…

Comme on peut le voir, pour beaucoup de gens, c’est la normalité de parler anglais. Même pour une francophone, pas besoin de s’assurer que tous comprennent l’anglais pour le parler n’importe où, n’importe quand, en compagnie de n’importe qui. Parce que pour beaucoup de gens, ne pas être parfaitement bilingue ou être unilingue francophone est une incongruité. Pour moi, c’est le complexe du citoyen du monde qui fait son oeuvre, complexe qui est de s’enorgueillir à outrance d’être un citoyen du monde, en occultant du coup la réalité de la proximité. En fait, c’est une belle manière de se laver les mains de certains problèmes, disons, plus locaux, comme la question linguistique.

Et, en guise de conclusion, je vais m’inspirer du billet de Mélanie Robert qui termine en écrivant (on pourrait avoir l’impression que son but est de se donner la légitimité de critiquer un aspect linguistique qui remet en cause l’anglais) :

 

Si je peux me permettre un dernier détail : j’ai des amis anglophones et je suis parfaite bilingue.

 

Donc, pour ma part, je ne suis pas parfaitement bilingue, loin de là, surtout à l’oral, mais je connais tout plein d’anglophones et je leur demande de me parler ou de m’écrire en français, entre autres pour les faire pratiquer… Et pour les anglophones que je ne connais pas et qui me démontrent qu’ils ne sont aucunement capables, ça ne m’intéresse même pas de faire le moindre petit effort à part quand j’y suis obligé par mon travail. Si ça peut leur dire qu’être anglophone ne leur donne pas l’immunité linguistique…

 

À lire aussi :

http://www.lapresse.ca/le-droit/opinions/votre-opinion/201301/23/01-4614082-une-mise-au-point-sur-le-bilinguisme-et-lassimilation.php 

Pascal Léveillé

Cofondateur et rédacteur en chef chez Le République
Cofondateur et rédacteur en chef du site Le République (anciennement Le Globe). Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle.
Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

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