Entrevue – Théâtre : « Privatelab Studio : Tout n’est qu’une question de perception »

Geneviève Fontaine, comédienne, metteure en scène, auteure dramatique et fondatrice de Privatelab Studio

À l’automne dernier, j’ai vu la pièce de théâtre « La Cantatrice chauve », que je vous propose de découvrir à travers mes commentaires plus bas, mise en scène par Geneviève Fontaine et Corine Rodrique, dramaturge et co-metteur en scène, de la jeune compagnie Privatelab Studio fondée en 2011. Tranquillement, cette compagnie se fraye un chemin pour mettre de l’avant sa vision. Aussi, j’ai questionné Geneviève Fontaine, comédienne, metteure en scène, auteure dramatique et fondatrice de Privatelab Studio afin de vous les faire connaître un peu plus.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de fonder Privatelab Studio ?

« L’envie de me munir d’une plate-forme artistique dans laquelle développer mes projets tout en développant des collaborations avec des artistes dont la vision artistique est connexe à la mienne. »

Tu as choisi de lui donner le mandat d’offrir «Un objet où les spectateurs sont impliqués, tant dans la présence que dans la réflexion», pourrais-tu expliquer davantage cette vision ?

« Le positionnement du spectateur au sein d’une oeuvre est très présent dans ma démarche artistique. Au-delà de la relation émetteur/récepteur, je crois que l’implication active du spectateur peut l’amener à recevoir différemment un propos, car il n’existe plus de distance entre ce qu’il reçoit et ce qu’il vit. Cette implication physique et émotive le touche directement, car la distance est abolie, la zone de confort n’existe plus. La réflexion qu’il se fait du propos de la pièce présentée est modifiée puisqu’il a vécu l’histoire de l’intérieur et non de l’extérieur. Ce qui engendre une expérience émotive particulière dans laquelle le spectateur est touché personnellement et directement. »

Envisagez-vous de présenter à nouveau la pièce « La Cantatrice chauve » ?

« Malheureusement nous ne referons pas la Cantatrice, donc rien de neuf de ce côté. Par contre Privatelab studio sera présent à la soirée O.M.A.D du Théâtre le Mimésis avec mon premier texte qui se nomme Shoot-moi. Nous lirons les 4 premières scènes de ce texte qui est en cour de création. »

Vous pouvez consulter la page web suivante, http://lemimesis.com/omad/ , du Théâtre Le Mimésis pour découvrir plus en détail l’OMAD (organisation mondiale des auteurs dramatiques) qui dans ses grandes lignes « c’est un cabaret déjanté où, chaque mois, devant public, 4 auteurs différents sont invités à tester un texte dramatique de leur cru. Les prestations, d’une durée de 8 à 12 minutes, sont livrées par une distribution de comédiens professionnels choisie par l’auteur. »

Qu’en est-il du texte « Shoot-moi », est-ce possible d’en avoir un aperçu, une idée générale ?

« C’est un texte qui explore la lutte envers nos dépendances et la force qui les habitent. Une introspection vive et brute sur ce qui nous mène à perdre volontairement le contrôle. Un huit clos ou la lutte entre nos désirs, nos espoirs et notre volonté, nous mène aux confins de nous-mêmes. »

Quand aura lieu cette soirée ?

« La soirée aura lieu le 10 février à 20:00 au bar Les Pas sages. Il s’agit en faite d’une soirée de lecture publique. J’en serai avec mes 4 comédiennes; Valérie Roy, Valérie Cadieux, Michelle Parent et Marie-Pascale Mescal et il y aura également 3 autres auteurs. »

La Cantatrice chauve, de l’absurde à la réalité criante

La Cantatrice chauve par Eugène Ionesco mise en scène par Geneviève Fontaine / La Cenne. CRÉDIT PHOTO : PATRICE VIAU

Par Eugène Ionesco, mise en scène par Geneviève Fontaine

C’est depuis 1957 que l’on joue cette pièce, La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco, qui est, malgré tout, encore d’actualité.

Habituellement, reconnu comme du théâtre absurde, cette pièce est mise en scène en mettant de l’avant le comique de situation à travers des esthétiques colorées qui tirent souvent les cordes de la satire par le burlesque des courbettes de 2 couples huppés de la société.

L’histoire

Tout au long de la pièce, le pendule sonne plusieurs fois ou quelquefois seulement, à sa guise…

Mme Smith discute de l’excellent repas qu’ils ont pris en famille. De fil en aiguille, ils décousent la conversation, entre autres, en discutant de Bobby Watson qui est mort laissant sa veuve, Bobby Watson, et ses deux enfants, un garçon, Bobby Watson et une fille, Bobby Watson. M. Smith remarque aussi tout en feuilletant son journal que l’on mentionne « toujours l’âge des personnes décédées et jamais celui des nouveau-nés ».

Puis, Mary, la bonne, fait son entrée… tenant un discours aussi particulier. Suivi enfin du couple de M. et Mme Martin du moins… paraît-il… puisque selon l’argumentaire de monsieur, ils ont été au même moment, au même endroit, « quelles coïncidences » qui les comblent de bonheur! Pourtant, Mary nous affirme qu’il s’agit là d’une erreur.

Enfin les deux couples se rencontre, la soirée est pourtant chargée de petits rien du tout pour combler le vide… Lorsque le capitaine des pompiers se pointe parce que les feux se font si rares ces temps-ci, il se demande s’il n’y en aurait pas un chez les Smith à tout hasard.

Les discussions s’animent autour du nouvel invité impromptu. Quelques découvertes encore inattendues s’annoncent jusqu’au tourbillon final où avant de quitter le capitaine des pompiers demande des nouvelles de la cantatrice chauve…

Qu’en est-il de la mise en scène de Privatelab Studio ?

Geneviève Fontaine se démarque dans sa mise en scène en se penchant sur le drame interne des personnages pour livrer une pièce remplie d’une réalité criante, celle du malaise humain.

« Tout est là, tout est dans le texte, je n’ai eu qu’à tirer les ficelles », me dit-elle les yeux pétillants, encore sur l’adrénaline de la présentation qui venait à peine de se terminer.

D’abord, en ce qui concerne l’implication du spectateur, c’est réussi, puisque celui-ci a davantage la sensation d’avoir été invité au salon des Smith que celle d’être assis dans les rangs d’un théâtre. La petite salle qu’est le studio « La Cenne » permet évidemment cette proximité avec les comédiens et l’utilisation de l’espace vient renforcer ce sentiment, car le spectateur est pratiquement entouré par les différents éléments de la pièce : un cadran derrière une série de sièges, la cuisine à leur gauche, le salon à l’avant et le long corridor d’entrée au fond. Chaque recoin est donc utilisé, l’appartement est grand et réaliste. La mouvance aisée et naturelle des acteurs nous permet de garder à l’esprit qu’ils y sont chez eux. D’ailleurs, les décors, les costumes et la lumière crue s’insèrent tout à fait dans la ligne directrice. Ça ressemble peut-être à votre salon, votre tenue ou même, à la personnalité de votre voisin…

Ce qui est remarquable dans le travail de mise en scène, c’est tout le souci du détail qui a été structuré à travers le non-dit, le langage corporel des comédiens et les silences soutenus empreints de vérités. D’ailleurs, les comédiens, Geneviève Fontaine étant également de la distribution, y livrent tous d’excellentes performances même si, en cette soirée (le 9 nov.), Tommy Lavallée, soit M. Smith, m’apparaissait se démarquer un peu plus, tant dans ses tirades que dans ses silences forts de sous-entendus.

La metteure en scène a donc su libérer toute la saveur du texte pour dépeindre la difficulté au sein du couple des Smith, le faux bonheur des Martin, la futilité du temps qui passe et nous confronte à la solitude parmi les autres et aux malaises incongrus.

Malgré tout ce branle-bas insolite, je vous rassure, les sourires sont au rendez-vous parce que la pièce garde une légèreté qui vous permettra de passer un bon moment en leur compagnie.

Bravo!

Également à la production : Corine Rodrique, dramaturge et co-metteur en scène / François Létourneau, son / Dominic Lapierrière, éclairage / Sabrina Tremblay-Gagnon, décors / Guillaume Bélanger, graphisme

Rachel Graveline

Une passionnée de la vie, du monde des arts, mais surtout de la littérature. J’écris, je lis et je vous présente une multitude d'univers à découvrir.
Je structure l’écrit, je romance la vie, je fabule des mondes… une auteure en devenir.

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