L’insulte dans cette ère de créativité parasitaire…

 

Dans cette ère de créativité parasitaire, où on se fait un nom sur le dos d’autres noms, l’insulte est un art qui peut être très subtil. Là où la bagarre virtuelle attire toujours le vieux réflexe d’espérer le sang, pour galvaniser la foule il faut souvent bien peu de choses, comme montrer simplement qu’on a vu et laisser agir en guise de glaive.

C’est ce que j’observe depuis longtemps dans ce monde qu’est le web, avec ses constellations socialement médiatiques qui amplifient parfois nos travers humains. Et le cas de Michelle Blanc comme victime de ces débordements est assez représentatif. Et au-delà du fait que Michelle est transsexuelle, sa position de vedette du web la place dans un contexte propice pour les recevoir.

Je ne suis pas à la loupe la vie publique de la principale intéressée, mais j’en sais assez pour en dresser un court portrait qui me servira à décortiquer cet art de l’insulte. 

Commençons par la fin. Voilà pas si longtemps, Mathieu St-Onge, un vlogueur qui semble assez connu dans le milieu des vlogueurs, publie un statut sur Facebook concernant Michelle après avoir lu son premier livre. Et cela accompagné d’un montage

Alors que le gars a remarqué que Michelle a beaucoup parlé d’un rhume qu’elle a eu sur sa page Facebook, il a décidé de faire une compilation visuelle de ses statuts à ce sujet. Soit le gars a beaucoup trop de temps libre, soit le gars avait le goût de la provocation. Je vote pour les deux réponses. 

Mais au-delà d’avoir pris la décision de provoquer quelque chose, le jeune homme devait bien savoir que le résultat de son action est de l’insulte. Ce n’est pas de l’insulte au premier degré comme un doigt d’honneur, c’est plus sophistiqué. Mais que ce soit sophistiqué n’amoindrit pas le mal, au contraire. La planification, l’énergie et le temps alloué dans cette action ajoutent tout à fait à l’insulte. C’est facile de passer par-dessus un doigt d’honneur, puisque cela n’honore pas du tout celui qui le fait, mais c’est plus difficile de passer outre une insulte qui a des airs de mise en scène et qui donne une belle part à la créativité. Le mépris est plus clair quand il est démontré de la sorte. Plus clair et plus insidieux à la fois, puisqu’on peut toujours se défendre en disant qu’on expose simplement des faits… 

Cependant, la palme de la plus belle insulte mise en scène revient à Simon Jodoin. Son oeuvre date de l’époque précédente à l’obtention de son poste de rédacteur en chef du journal Voir. J’en ai parlé longuement au début du Globe. En gros, il s’est fait prendre en photo alors qu’il imitait la pose que prend Michelle sur la couverture de son dernier livre et il l’utilisait partout sur le web comme photo officielle. Cela a duré un bon bout de temps. Il va sans dire que c’est un chef d’oeuvre de méchanceté. La pique faisait son chemin auprès de la principale intéressée et de ceux qui comprenaient la référence alors que pour les autres, supposons qu’il y avait pour le moins un gros point d’interrogation. Je vais arrêter ici mes éloges.

La liberté d’expression en prend pour son rhume, sans jeu de mots. Et ça ne me donne pas tout à fait le goût de la défendre, même si cette liberté m’est chère. Plus on en fera n’importe quoi, plus elle sera fragile. Je répéterai aussi ce que j’écrivais dans un billet récent : « Je crois sincèrement que la liberté d’expression vient avec une responsabilité, même à l’intérieur des limites qu’impose la loi, […] Nul doute que la provocation est payante, mais à un moment donné la provocation ne provoque que des questionnements sur ce qu’elle peut provoquer… […] » 

Est-ce qu’on va attendre que tout cet acharnement cause l’irréparable avant de se calmer l’égo? Tout le débat autour de l’intimidation n’aura servi à rien? Oui, c’est vrai, le problème c’est toujours les autres…

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Un texte qui a résonné dans ce billet-ci : http://www.cheznadia.com/archives/2012/02/la-peur-de-dire-et-de-refuser-linexcusable.html

 

(Photo : geopdx)

Pascal Léveillé

Cofondateur et rédacteur en chef chez Le République
Cofondateur et rédacteur en chef du site Le République (anciennement Le Globe). Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle.
Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

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