La Gauche, encore et toujours perdante?

NEOLIBERAL

Écrit à la veille du Sommet sur l’éducation supérieure, ce texte prend aujourd’hui tout son sens après le sapin monumental que vient de passer le gouvernement péquiste à la jeunesse québécoise et à la Gauche en général.

classwarLa Gauche ne perd pas toujours me direz-vous. Non pas toujours. La Gauche est forte de ses coups d’éclat, de ses coups de gueule. Grèves, manifestations, rassemblements populaires, la Gauche est mobilisatrice et revendicative.  Elle gagne des élections, mais perd au jeu de la gouvernance.

Les difficultés du gouvernement de M. Hollande, en France, en sont un bon exemple. Tout comme les nombreux revirements du gouvernement Marois, qui, s’il n’est pas franchement de Gauche, a été élu en grande partie grâce à ses promesses faites et souvent brisées à cet électorat. Tous deux élus, symptômes du ras-le-bol collectif face au clientélisme abject des précédents gouvernements de Droite, ils arrivent au pouvoir pour se retrouver pieds et poings liés.

La Droite travaille vite, elle est efficace. On place les amis aux postes clés, on encaisse le plus possible et le temps que le peuple découvre le pot aux roses, on a le temps de s’en mettre plein les poches. Bon, on se fait virer après, et alors? On prend l’air grave, on fait pénitence et on doit parfois même présenter des excuses. Mais les amis restent en place, on profite des retours d’ascenseurs, et eux emmerdent tellement le nouveau gouvernement qu’il se fait virer lui aussi. Et le cercle recommence, c’est à en pleurer.

Le pouvoir plutôt que la gouvernance

La Droite ne cherche pas tant à gouverner qu’à prendre le pouvoir. L’argent c’est le pouvoir et le pouvoir c’est l’argent. Puissante motivation s’il en est. La Gauche est divié quand à s’entendre sur la meilleure manière de gouverner. La Droite est unie car son objectif est clair et sa manière d’y parvenir aussi. On habitue le peuple au strict minimum, on lui donne le strict minimum et on se partage tous les extras entre amis, bien au chaud dans un club privé ou un petit café italien. 3% par-ci, un contrat municipal par là, un petit montant dans la caisse du parti. Encore heureux que ces gens-là « créés » de l’emploi.

Où je veux en venir?

 Quand on traque un animal, il est souvent conseillé de se mettre dans sa tête, de bouger comme lui, de penser comme lui. Le chasseur devine sa proie, anticipe ses mouvements, adapte ses tactiques. Je tartine épais, mais mon argument est simple : avant de penser à gouverner, d’abord faut-il prendre le pouvoir. La solidarité, mot fétiche de la Gauche, c’est ça aussi. Travailler ensemble, malgré nos différents, à la réalisation d’un idéal commun. Nommément plus de justice sociale.

La Gauche québécoise est mollassonne. Après les grandes luttes syndicales, fières de leurs victoires sur le grand Capital, on est sombré dans la complaisance. Convaincus que le « modèle québécois » ne saurait être remis en question, on a délaissé la lutte au profit des politicailleries, domaine de prédilection de l’adversaire. Les syndicats se sont engraissés et sont maintenant plus près du patronat que de leur base. Les partis politiques parlent la Gauche, mais dirigent à droite. Les rues sont vides, les murs sont blancs, le peuple est silencieux. Nous avons laissé les grands financiers et leurs alliés revenir gruger peu à peu chaque miette que nous avions réussi à leur soutirer. Le système de sécurité sociale est infiltré, gangréné par des gens qui le sabotent de l’intérieur. On encourage l’État à dépenser tout en s’opposant à toutes mesures permettant de renflouer les coffres. Le chroniqueur du New York Times Paul Krugman, dans un magnifique texte Starve the Beast (affamer la bête) explique avec brio comment la droite américaine a poussé sciemment l’État providence au bord de la faillite pour pouvoir le démanteler.

Ne soyons pas naïfs. Le même jeu se joue ici. Rien qu’à voir aller le gouvernement Harper, on devine facilement les grandes lignes de son jeu. Si nous ne sommes pas capables de recentrer notre stratégie sur nos forces, notamment la lutte, et que nous continuons de nous enfoncer dans le piège que nous tend l’adversaire, à savoir nous attirer encore plus loin sur son propre terrain, il sera bientôt trop tard pour faire marche arrière. Pas pour rien que les médias déploient autant d’énergie à associer toute forme de mouvance populaire à des fauteurs de troubles. Mais j’aime toujours mieux être affublé du titre de « casseur » que de celui de toutou docile. La guerre des classes, ce n’est pas qu’une expression. N’oublions jamais que qui n’agit, subit.

 

(Photo : Brian.Lapuz)

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Brice Dansereau-Olivier

Blogueur société, politique et économie. Rédacteur en chef chez laplusgrandegueule.com. Étudiant à temps partiel, militant et emmerdeur à temps plein. Siège sur le C.A. de Québec Inclusif. Révolté, effronté et opiniâtre.
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