Yves Francoeur, vous n’avez rien compris!

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L’auteur de ce texte est René Forget, ancien policier et humoriste.

Hier, la Fraternité des policiers et des policières de Montréal se payait une pleine page de publicité dans le Journal de Montréal afin de dénoncer le méchant gouvernement municipal de Montréal qui imposera aux policiers, dès le 24 mars prochain, le retour à l’horaire qu’ils connaissent depuis les années 70. Il faut savoir que la Ville a fait un essai avec un horaire sur 70 jours dans lequel la plupart des policiers alternent les quarts de jour et de soir et quelques 500 policiers ne travaillent que de nuit au lieu de la rotation traditionnelle jour-soir-nuit sur 35 jours que tous les policiers connaissaient jusque-là.

Or, pour la Ville, cet essai est infructueux. Malgré certains points positifs, cet horaire coûtera 2 millions de plus aux contribuables montréalais et la Ville ne veut pas imposer ce fardeau supplémentaire à ses citoyens.

Mais pourquoi, alors, la fraternité a-t-elle dépensé des milliers de dollars pour une publicité dans le journal? C’est sans aucun doute pour aller chercher l’appui de la population.

Avant de parler de ça, j’aimerais juste réfuter un peu les arguments de monsieur Francoeur.

  • L’horaire sur 35 jours est l’horaire le plus répandu à travers nos 14 000 policiers québécois. C’est la norme, tout aspirant policier sait, avant même de faire sa technique policière, que la profession requiert des gens qu’ils travaillent de jour, de soir et de nuit.
  • Il semble également que les autres organisations policières n’auraient peut-être pas le bassin de 500 policiers qui acceptent (ou qu’on force) à travailler de nuit pour mettre en place ce genre d’horaire.
  • Ce n’est pas pire d’être un policier sur un horaire de 35 jours que d’être une infirmière, un médecin, un pompier ou un ambulancier.
  • Monsieur Francoeur invoque la possibilité de lésions professionnelles si la ville maintient l’horaire de 35 jours. D’une part ces lésions professionnelles semblaient inexistantes ou acceptables par le passé et elles semblent inexistantes ou acceptables, présentement, dans les autres organisations policières ou les autres corps de métiers soumis à ce même type d’horaire. D’autre part, la fraternité semble se préoccuper bien peu des effets sur la santé des 500 policiers qui ne travaillent que de nuit, peut-être parce que ce sont des policiers plus jeunes, des policiers temporaires, des employés de deuxième classe qui n’ont juste pas droit au chapitre?
  • Puis, monsieur Francoeur invoque l’impossibilité de concilier travail-famille. Ce à quoi je réponds qu’il doit bien y avoir eu une conciliation quelconque depuis 1978 et que si les policiers sortaient de leur petit cercle et tendaient la main aux autres professionnels soumis à ce genre d’horaire, la conciliation sera sûrement possible, sans envoyer la facture aux contribuables.

Et maintenant, pour ce qui est de l’appui de la population.

Dans sa page de publicité, la fraternité ironise en disant que les policiers ont comme tâches connexes d’être des psychologues, des travailleurs sociaux et des percepteurs de taxes via les contraventions. Ai-je bien lu? Monsieur Francoeur vient d’avouer publiquement que les constats d’infractions sont utilisés pour financer les activités de la ville? C’est honteux!

On est dans une époque où on apprend que la ville de Montréal est corrompue jusque dans sa moelle épinière. Les travaux peuvent coûter jusqu’à 85% plus cher. 30 à 40 % des sommes dépensées par la Ville vont directement engraisser la mafia. On entend parler de « monsieur 3% », « monsieur trottoir », de corruption, de collusion. Et pas de petites fraudes, des atrocités de plusieurs centaines de millions de dollars comme au CUSM. Montréal est une farce de mauvais goût ces temps-ci et les policiers semblent s’en laver les mains!!! C’est honteux!

Ce qu’il faut lire ici, c’est que les policiers SAVENT qu’à chaque fois qu’ils dérobent un citoyen en lui remettant un constat d’infraction, ils SAVENT qu’une partie de cet argent s’en va dans les poches de la mafia, dans les poches de politiciens véreux…. Et ils le remettent tout de même. C’est honteux!

Ça s’appelle de l’aveuglement volontaire et c’est une forme de complicité. Si tous les policiers savent que leurs supérieurs sont corrompus et que ces mêmes policiers ne s’attaquent pas à ces supérieurs corrompus, alors ces policiers-là sont également corrompus. Pis encore si ces policiers participent à la collecte d’argents qui financent les activités criminelles de leurs supérieurs, ils deviennent alors exactement ce contre quoi ils étaient censés nous protéger. Que ce soit par lâcheté, par peur ou par paresse, la corruption policière est inadmissible. Et c’est honteux!!!

En bref, monsieur Francoeur, vous n’avez pas l’autorité morale pour demander quoi que ce soit.

Faites vos devoirs! Faites le ménage à Montréal. Procédez à l’arrestation des intouchables. Redonnez-nous confiance dans la police, dans sa mission. Vous avez l’indépendance judiciaire, il ne vous manque que le courage d’être les héros dont nous avons tant besoin.

Élevez-vous à des standards plus honorables, devenez des policiers et non pas des collecteurs de taxes au profit d’un gouvernement corrompu. Défendez la justice, le respect de nos principes de droits, de nos chartes et nos lois. Transformez notre société en un monde meilleur. Valorisez les gens exceptionnels. Vous voulez nous faire croire que vous êtes parfois psychologues? Rétablissez le dialogue avec la jeunesse, rengainez vos matraques, vos boucliers, votre poivre, ce n’est pas la société que nous voulons.

Combattez la corruption, générez des économies pour les contribuables. Protégez-nous contre ceux qui abusent des pouvoirs qu’on leur a confiés. Et après, mais seulement après que vous ayez accompli votre DEVOIR… nous vous l’offrirons nous-mêmes votre horaire bonbon.

René Forget

René Forget, ancien policier. René a travaillé dans une petite municipalité dont on va taire le nom. Quand son chef l'a informé qu'il était en retard sur son "quotas", le jeune policier a répondu qu'il n'était pas opérateur radar, que s'il émettait un constat sur la foi d'une preuve qu'il ne pouvait justifier, cela constituerait une fraude. On lui a répondu:" c'est pas grave, donne le ticket, si le citoyen conteste on cancellera, sinon on fait 100$".

Il y a des moments importants dans la vie d'un homme, pour René, un de ces moments a été celui ou il du choisir entre son emploi ou son honneur.

René Forget, humoriste. Véritable passionné de l'humour, René a écrit pour les Grandes Gueules, a participé à Juste pour Rire et au Grand Rire, son cerveau bifurque naturellement vers l'humour, sauf lorsqu'il s'agit de police, quand il s'agit de police René aime encore être pertinent.

Il y a des moments importants dans la vie d'un homme, pour René, un de ces moments a été celui ou il a pu choisir d'en rire.

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