Le bilinguisme est un lent poison pour le français…

poison

 

Le billet qui suit parlera du bilinguisme institutionnel, collectif, et non du bilinguisme personnel, individuel. Donc, dans le texte, lorsque le mot « bilinguisme » ou tout autre terme de la même famille sera utilisé, cela sera dans le sens de « bilinguisme institutionnel, collectif » pour ne pas avoir à le spécifier chaque fois, afin de ne pas alourdir le texte.

Alors, le lecteur bilingue ne devrait pas se sentir interpelé personnellement, au pire, insulté par le texte qui suit.

Tout d’abord, le PQ.

Il faut rappeler que le ministre responsable de la métropole et des relations avec les anglophones, Jean-François Lisée, s’est dit très ouvert au bilinguisme dans le métro. C’est presque drôle comment ses deux postes se fusionnent parfaitement avec cet exemple. Aussi, on se souvient de l’épisode « Notre Home » et de son financement d’une chanson bilingue (90% en anglais).

Et la volteface de son parti au niveau de l’application du projet libéral d’imposer l’anglais intensif en 6e année est enfin une bonne nouvelle pour contrebalancer.  Et nous verrons s’ils tenteront de mettre un frein à cette pratique libérale, pour le moins discutable, de congédier des fonctionnaires du gouvernement du Québec « parce qu’ils ne maitrisent pas suffisamment l’anglais ». Parce que tenter de bilinguiser la fonction publique, c’est jouer le jeu du bilinguisme institutionnel, et c’est un jeu dangereux pour le français, comme vous le verrez.

Dans son texte « Le bilinguisme et l’assimilation en douce », le linguiste Paul Daoust démontre historiquement que le bilinguisme devient comme un poison mortel pour une langue minoritaire, quand il s’est bien installé dans toute une population :

Bizarre ce phénomène : arrivé à sa perfection, le bilinguisme, d’immense richesse qu’il est, devient un encombrement et la langue minoritaire ne se transmet plus. Ce phénomène se déroule tellement en lenteur que les minoritaires prennent du temps à prendre conscience de son degré de dangerosité. Il est très rare en effet qu’une chose saine en soi devienne mortelle quand elle devient le lot de tous.

Les exemples pleuvent et je ne les relaterai pas tous ici. Le latin a fait disparaitre le celtique des Gaulois après que les conquérants romains soient arrivés à un bilinguisme collectif. Il y a le roman et le francique : cette dernière langue se fera éliminer parce que les Francs seront les premiers à adopter complètement le bilinguisme. Même la France a fait de même avec ses nombreux patois.

Pour le professeur William Mackay de l’Université Laval, « une langue minoritaire […] peut réussir à se maintenir que s’il y a d’immenses poches d’unilinguisme de cette langue ». Pour poursuivre dans la lignée de l’image du poison, donc, les unilingues sont l’antipoison, l’antidote. Alors, en voulant bilinguiser toute la population, le gouvernement sonnerait le début de la fin du fait français au Québec, tout simplement.

Et la population semble ne pas tellement voir le piège. Sans doute parce que la propagande probilinguisme a bien fait son oeuvre, pour ce qu’on peut en voir et en comprendre entre autres sur le site Canoë, où on demandait l’opinion des internautes quant à l’enseignement de l’anglais intensif en 6e année :

anglais 6e annee

 

Donc, presque 80% des répondants croient que c’est une bonne chose. Rien ne dit s’ils prennent en considération le fait que ce temps alloué à l’anglais grugerait sur le temps d’autres matières. Et c’est bien certain qu’ils ne sont pas au courant qu’après « avoir tenté d’imposer l’enseignement de l’anglais en première année au début des années soixante-dix, le gouvernement de Robert Bourassa avait dû reculer devant les études scientifiques qui indiquaient que l’enseignement précoce des langues est moins efficace que l’enseignement plus tardif. » Ce qu’on constate, c’est que le fantasme trudeauiste du « parfait bilingue sans accent » continue d’alimenter l’imaginaire collectif québécois et ce résultat de sondage en ligne l’illustre bien.

Mais il faut quand même se demander si c’est vraiment ça. Si le désir des parents francophones est seulement utilitaire, l’apprentissage plus tardif de l’anglais fera encore mieux le travail. Et si leur désir est de faire de leurs enfants de parfaits anglophones, tant linguistiquement que culturellement, pour quelques raisons que ce soit, ils sont bien libres de vivre seulement en anglais à la maison et de leur payer des cours pour parfaire l’écrit afin d’y arriver.

Parce qu’il y a, derrière tout ça, une question qui tue : veut-on contribuer collectivement à notre propre perte?

 

(Crédit photo : BillwillBillywilliam)

Pascal Léveillé

Cofondateur et rédacteur en chef chez Le République
Cofondateur et rédacteur en chef du site Le République (anciennement Le Globe). Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle.
Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

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