Le capitalisme, pire ennemi des cultures nationales

Sans y revenir, la proposition d’une Charte des valeurs québécoises par le gouvernement Marois a permis de mettre sur la table certaines craintes qu’il est important d’adresser.

Si l’on fait abstraction des réactions purement émotives et des discours extrémistes que ce débat a soulevés, on cerne très clairement que l’une des principales craintes à laquelle vient répondre ce projet, c’est celle de l’érosion ou de la disparition de notre culture nationale.

Bien sûr, ma définition de cette culture nationale diffère grandement de celle des défenseurs de la Charte. Mais il semble y avoir une réelle crainte de voir notre langue, notre histoire, nos institutions échapper à notre contrôle, voire disparaître.

Si certains aspects de notre identité sont effectivement menacés et qu’il convient donc de réagir, il est surtout important de cerner le véritable ennemi.

La mauvaise cible

PauvreNous avons eu la Charte de la langue française (loi 101) pour affirmer la place du français comme langue officielle des institutions au Québec. Nous aurons maintenant cette Charte des valeurs québécoises pour (ré)affirmer la laïcité des institutions publiques.

Pourtant, les tentatives de légiférer sont bien loin d’avoir calmé les angoisses identitaires partagées par de nombreux Québécois. Serait-il possible que nous ayons choisi le mauvais bouc émissaire?

On sait que les immigrants, lorsqu’ils ont un accès adéquat aux institutions d’enseignement et au marché du travail, s’intègrent généralement très bien. On sait aussi que le Québec est l’un des endroits où les mesures pour faciliter cette transition sont les plus déficientes. Pourquoi ne pas investir là-dedans plutôt que de dépenser des millions dans la promotion d’un projet législatif qui au mieux n’aura que peu d’effet, au pire accroîtra la ghettoïsation de certaines communautés?

Bien plus que l’arrivée de quelques milliers d’immigrants qui viennent eux-mêmes d’horizons variés, le danger qui guette nos particularités culturelles c’est avant tout l’existence d’un système économique supranational qui tend vers et recherche l’uniformité.

L’uniformisation universelle

Le véritable ennemi des cultures nationales, il est là. Dans le capitalisme. Et il ne s’agit pas ici d’une de ses dérives qu’on commence à bien connaître, mais d’une partie intégrante de son idéologie.

Les grandes corporations qui se sont opposées (et s’opposent toujours) à certaines dispositions de la loi 101 ne l’ont pas fait par passion pour le débat linguistique. Elles l’ont fait, car pour elles, l’affichage en français, la création de publicités francophones, la nécessité d’avoir des emballages bilingues augmente les couts de production. Aussi simple que ça. L’uniformité du consommateur permet d’accroître les profits.

On le voit même au niveau institutionnel. Les divers traités de libre-échange, dont le tout dernier et probablement le plus dangereux, le TPP (partenariat transpacifique) qui se négocie actuellement en secret, poursuivent un but similaire. Effacer les particularités juridiques des États nationaux dans le but de réduire les frictions lors des échanges commerciaux et permettre aux compagnies de maximiser leurs profits. L’uniformité accroît la rentabilité.

C’est le principal objectif de ce qu’on appelle communément la mondialisation. Effacer toutes particularités locales, considérées comme des obstacles à la libre circulation des biens et des capitaux. En bref, des entraves à ce que les richissimes s’enrichissent toujours plus.

La liberté a le dos large

Cessons d’associer capitalisme et liberté. Outre la misère qu’il impose à une large partie de la population par son implacable logique d’accumulation, le capitalisme n’est pas un système qui valorise les différences.

Oui, il promeut l’individualisme, mais pas l’individualité. On désire des consommateurs qui affirment leur personnalité à travers leurs achats, mais une personnalité qui s’inscrit dans une grande culture mondiale unificatrice. Lorsqu’on élimine le besoin de s’adapter aux besoins et aux désirs, bref aux  »caprices », des communautés locales, on minimise les pertes financières qui en découlent.

Des caprices. C’est ce que représentent aux yeux des grands capitalistes notre folklore, notre héritage, notre histoire. Pas pour rien qu’un gouvernement soi-disant souverainiste et dont la proximité avec les milieux de la haute finance n’est plus à démontrer, préfère investir dans une tentative d’assimilation culturelle plutôt que dans la promotion de l’indépendance nationale.

Le repli identitaire est la pire chose que l’on puisse faire pour résister. Notre seule manière de préserver notre culture, c’est de lui permettre de cohabiter côte à côte avec d’autres, peu importe où elles arrivent encore à fleurir. Il est beaucoup trop facile d’assimiler un grand groupe homogène.

Si vous croyez encore que ce qui menace nos traditions ancestrales c’est la poignée de nouveaux arrivants qui arrivent annuellement et qui pour la plupart s’intègrent admirablement, je vous invite à y réfléchir. Longuement.

(Crédit photo : Brice Dansereau-Olivier)

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Brice Dansereau-Olivier

Blogueur société, politique et économie. Rédacteur en chef chez laplusgrandegueule.com. Étudiant à temps partiel, militant et emmerdeur à temps plein. Siège sur le C.A. de Québec Inclusif. Révolté, effronté et opiniâtre.
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