Culture franco chez les anglos – Petite réponse à de petits textes

Think big, s'ti!

Le Journal de Montréal publiait cette semaine les résultats d’une enquête maison qui visait à déterminer si les Anglo-Québécois connaissent bien la culture québécoise. Comme le fameux sondage de l’actualité publié l’année dernière, cette enquête démontre une fois de plus l’existence des deux solitudes à l’intérieur d’une même ville, soit Montréal. Il n’en fallait pas plus pour qu’une poignée de chroniqueurs reconnus pour leur haine du nationalisme écrivent contre cette enquête. Petit survol de la « logique » derrière ces textes.

« Petite enquête pour un petit peuple » de Judith Lussier

Judith Lussier est chroniqueuse dans le Journal Métro et dans la revue Urbania. Elle s’est fait connaître notamment pour son texte, « La robe que je ne porte plus pour une raison X», où elle comparait les compliments qu’elle reçoit par des hommes à une forme de viol. Elle s’est également fait connaître après avoir été l’objet d’une poursuite bidon par une blogueuse du Huffington Post Canada. Son texte « Petite enquête pour un petit peuple », en réponse à l’enquête du Journal de Montréal, n’est pas passé inaperçu, notamment en raison des préjugés qu’il véhicule et sa logique plus que douteuse.

Essentiellement, la chroniqueuse suggère que l’enquête du Journal de Montréal vise à ridiculiser les anglophones, à faire leur procès « sans jamais retourner le miroir » et à les rabaisser. Madame Lussier affirme aussi que l’enquête démontre que le Québec souffre d’une mentalité de petit peuple. Ouf! Le hic est que la journée même où elle publiait ce texte, le Journal de Montréal publiait la suite de son enquête, cette fois en publiant les résultats à propos de la connaissance de la culture canadienne-anglaise par les francophones. Peu de francophones connaissent les vedettes canadiennes-anglaises, ce qui est peu étonnant considérant la faiblesse de la culture canadienne-anglaise par rapport au mastodonte américain, et ce même au Canada-anglais. Il aurait suffi à madame Lussier de lire la méthodologie du sondage pour comprendre que non, le sondage ne visait pas à faire le procès des anglophones sans « retourner le miroir » : autant de francophones que d’anglophones ont été sondés!

Pire encore, madame Lussier affirme elle-même ceci : « Que les Anglos n’adhèrent pas à la culture québécoise est peut-être triste, mais c’est plutôt normal ». Elle écrit donc un texte où elle trouve que s’inquiéter (ou du moins, se questionner) sur l’ignorance de la culture québécoise par les anglophones de Montréal fait « petit peuple », mais avoue du coup trouver la situation « triste ». J’aimerais donc lui poser la question : « Alors, en quoi est-ce triste madame Lussier? Si vous trouvez cela triste, c’est donc bien parce que vous préfèreriez que les anglophones connaissent la culture québécoise? Mais n’affirmez-vous pas dans le même texte que cette façon de penser fait « petit peuple »? Puisque 1 + 1 = 2, ne feriez-vous pas « petit peuple », par hasard? ». C’est bien beau vouloir montrer à quel point on est « vertueux » et bienpensant, encore faudrait-il avoir l’air moindrement cohérent (et encore plus à l’intérieur d’un même texte)!

« Ces Anglos qui ne connaissent pas Marie-Mai » de Joanne Marcotte.

Joanne Marcotte, membre du Réseau Liberté Québec, porte-étendard de la droite radicale, signait de son côté un texte où elle défendait la méconnaissance de la culture québécoise par les Anglo-Québécois tout en pourfendant ceux qui s’en inquiètent. Pour ceux qui ignorent le personnage, ses prises de position peuvent être simplement résumées par ceci : elle est contre tout ce qui constitue le Québec. Contre le modèle québécois, contre la protection du français, contre la promotion de la culture québécoise et j’en passe. Essentiellement, tout ce qui est américain vaut de l’or alors que tout ce qui est québécois ne vaut rien. D’ailleurs, elle publiait le lendemain un texte où elle exhibait fièrement les résultats d’un sondage de 2012 qui démontrait que les Québécois sont plus près de la culture anglophone nord-américaine (65%) que française (34%). Antinationalisme à l’état primaire ou ticounite aiguë, je vous laisse choisir. Quoi qu’il en soit, madame Marcotte lance, par l’entremise de son texte du 23 octobre, une attaque à peine voilée contre la langue française :

« J’espère aussi qu’on ne s’imagine pas que les gens qui sont bilingues et même trilingues ont l’obligation de se limiter à l’offre culturelle francophone, mais qu’ils ont le privilège de choisir ce que la planète peut leur offrir (contrairement aux unilingues francophones). »

Contrairement à ce qu’elle écrit, une fillette de 7 ans unilingue française peut très bien écouter du Justin Bieber à longueur de journée sans comprendre un seul mot de son idole, tout comme un anglophone peut écouter du Rammstein sans parler un traître mot d’Allemand. Si madame Marcotte avait voyagé en dehors de l’Amérique du Nord et de l’Europe, elle se serait rendu compte que la culture anglo-saxonne est très présente partout, même dans les endroits où les gens parlent peu l’anglais! D’ailleurs, selon la logique de Joanne Marcotte, puisque les anglophones du Québec possèdent généralement une bonne connaissance du français, il faudrait donc s’attendre à ce qu’ils s’intéressent à la culture francophone. Or, l’enquête démontre justement que ce n’est pas le cas!

La réalité, même si plusieurs refusent de la voir, est que le monde anglo-saxon est fermé sur lui-même. Il suffit d’ouvrir la radio sur un poste anglophone pour constater qu’on n’y joue absolument aucune chanson en français. Par contre, je ne connais pas une seule station de radio au Québec qui ne joue pas de musique anglophone. Donc quand Joanne Marcotte parle de ce que la « planète peut leur offrir » en matière de culture, elle parle uniquement de la planète anglo-saxonne! Ils l’ont tu l’affaire, les Américains, hein? Le reste de la planète? Rien à cirer! Par ailleurs, l’enquête du Journal de Montréal ne demandait pas « écoutez-vous du Marie-Mai ? » ou encore « en quelle année est né Pierre Karl Péladeau? », elle demandait simplement aux sondés s’ils connaissaient certaines des plus grandes personnalités québécoises.

L’échec d’un rêve

L’enquête du Journal de Montréal ne constitue pas une étude scientifique qui sera analysée par des chercheurs à travers tout le Québec. Néanmoins, elle démontre ce que nous savons tous, mais que plusieurs refusent d’admettre : deux nations cohabitent sur le même territoire. Cette « petite étude » constitue un clou de plus dans le cercueil du rêve utopique d’un interculturalisme québécois faisant contrepoids au multiculturalisme canadien. Cet échec, nous le constatons tous les jours à diverses occasions. Nous le constatons lorsque nous ouvrons la radio, lorsque nous regardons les résultats d’élections et lorsque nous lisons les journaux. Cette enquête nous rappelle que nous ne sommes qu’une minorité parmi tant d’autres dans la fédération canadienne et que le concept d’une nation québécoise définie par ses institutions ne colle aucunement à la réalité du terrain. Le plus triste dans tout cela est que l’on trouve des gens pour venir faire la morale au « petit peuple », le sermonnant lorsqu’il s’inquiète pour la survie de sa culture et le ridiculisant lorsqu’il s’inquiète du fait que son voisin ne connait rien de sa culture. Et, bien souvent, ces mêmes gens applaudissent la langue sortie lorsque des chanteurs québécois abandonnent le français pour l’anglais tout en rêvant d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise. Le déclin du français et son avenir dans tout cela? Pas important, think big, s’ti!

 

(Crédit photo : Paulo Ordoveza)

Maxime Duchesne

Maxime Duchesne est présentement étudiant à HEC Montréal et travaille à contrat dans le monde de la politique. Il est détenteur d'une maîtrise en Science politique de l’Université de Montréal depuis novembre 2012 et d'un baccalauréat en Science politique de la même université depuis 2010. Ses études l’ont mené à passer un trimestre en Chine et à effectuer un stage au Parlement du Canada pour le compte d’un député fédéral. Cette dernière expérience l'a mené à obtenir des contrats de travail dans le monde de la politique en tant qu'analyste et rédacteur de discours. Il a également été membre des Forces armées canadiennes durant plus de sept ans. Ses études universitaires se sont centrées autour de la politique québécoise, le nationalisme, la gouvernance et les affaires publiques. Il détient également un DEC du Collège de Maisonneuve en Informatique de gestion.

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