Bell, Virgin ou comment monnayer votre vie privée

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Eh! oui, dès le 16 novembre, Bell, ainsi que sa filiale Virgin Mobile, s’apprête à vendre les données de votre utilisation de leurs services au plus offrant.

Après avoir fait un peu de bruit lors de son annonce, la nouvelle est aussitôt tombée dans l’oubli. Pas surprenant dans un monde où à la vie privée est considérée comme une nécessaire victime de la marche inexorable du progrès.

Vu que la National Security Agency (NSA) espionne déjà tout le monde, pourquoi pas votre fournisseur de services de télécommunication? De toute façon, on connaît tous l’adage :  »si vous n’avez rien à cacher… »

Au diable la sécurité!

Pour justifier leur petit projet, les têtes pensantes de Bell osent vous faire croire… Que c’est pour votre propre bien.

En connaissant tous les détails de votre utilisation cellulaire, qui, où et quand vous appelez, quels sites vous consultez, quels réseaux sociaux vous fréquentez et quelles applications vous utilisez sur vos téléphones intelligents, les partenaires de Bell pourront vous proposer du contenu (des pubs bien évidemment) qui vous intéresse vous! Génial, non?

Nonobstant le vague intérêt que peut présenter pour certaines personnes de voir une pub de Summum plutôt qu’une bannière de Tampax s’afficher quand vous naviguez les internets, ce projet présente surtout d’énormes risques de sécurité.

Pour ce court billet, je ne recenserais pas l’entièreté des risques potentiels de cette nouvelle politique. Mais quand on sait que 47% des Canadiens utilisent l’internet comme méthode primaire de faire des transactions bancaires et que 67% l’utilisent à divers degrés, le danger devient tout de suite évident.

Où seront stockées ces données? Qui y aura accès? Et surtout, à quel point seront-elles à l’abri d’individus mal intentionnés?

Les données bancaires de millions de Canadiens, c’est un butin pas mal alléchant pour toutes sortes de fraudeurs, non? Déjà qu’il parait qu’un gamin de douze ans a pu pirater les sites gouvernementaux pendant la grève étudiante, il n’y a rien ici pour rassurer les consommateurs.

L’argument Facebook

À chaque fois que j’aborde le sujet, il se trouve un champion pour me faire remarquer qu’il ne voit pas le problème parce que la plupart des gens mettent déjà volontairement leur vie privée à nue sur Facebook ou d’autres réseaux sociaux.

D’abord, personne ne fait de transaction bancaire via les réseaux sociaux. Déjà là, on élimine une grande partie du problème.

Secundo, la présence du mot volontairement. Effectivement, les gens dévoilent beaucoup d’information sur les réseaux sociaux. Mais il existe ici une entente tacite entre les utilisateurs et les divers services de réseautage. Un utilisateur qui ne désire pas partager ses informations avec l’un ou l’autre des divers services disponibles n’a aucune obligation de s’y inscrire ou de demeurer membre.

Il y aura bien sûr la possibilité pour les clients de Bell de se soustraire à la vente de ses informations. Mais il devra lui-même en prendre l’initiative. Et connaissant le fonctionnement interne du service à la clientèle de Bell pour y avoir moi-même travaillé, je peux vous garantir que ce ne sera pas une mince tâche.

Enfin, le concept d’échange de service. Certes, un site comme Facebook vend vos données d’utilisation à ses partenaires publicitaires pour générer des revenus. Par contre, en échange, vous bénéficiez du droit d’utiliser un service gratuit (et qui le restera toujours, comme le claironne fièrement leur page d’accueil) qui est devenu non seulement une manière pratique de rester en contact avec une panoplie de gens, mais un outil de travail de plus en plus utile et utilisé. Pas que Facebook n’a pas ses défauts, mais il s’agit là d’une tout autre histoire.

Dans le cas de Bell par contre, vous n’obtenez rien en contrepartie. Zilch, nada, que dalle. Pas un rabais sur la facture ni un peu d’utilisation supplémentaire, même pas une carte pour Noël. Il y en a qui ont vraiment du culot.

Bell, Bell, comme la vie est laide

Au Canada, nous payons déjà les tarifs les plus chers parmi les pays développés pour nos services de télécommunication. Mais en plus, votre clientèle sera maintenant une vache à lait supplémentaire pour l’entreprise. Quand on parle de prendre les gens pour des valises…

Non seulement vous payez pour l’accès à vos services, mais en plus votre accès sera espionné, quantifié, codifié et revendu à des intérêts privés sur lesquels vous n’avez aucun droit de regard. Il y a de quoi être très inquiets.

Et pour ceux d’entre vous qui jubilent en se disant  »heureusement que je ne suis pas avec Bell », je rajouterais ceci : si la nouvelle politique de Bell, présentement sous la loupe du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, est reconnue comme étant légale, combien de temps pensez-vous s’écoulera avant que votre compagnie lui emboite le pas?

N’oubliez jamais, dans la quête éternelle du profit, de la rentabilité et des dividendes aux actionnaires, il n’y a rien qui soit sacré. Rien.

*******

Si vous souhaitez vous retirer de la liste des utilisateurs dont l’utilisation sera répertoriée :

Bell : http://www.bell.ca/marketingpreferences

Virgin : http://www.virginmobile.ca/fr/support/preferences/relevantAds.html  

 

 

(Crédit photo Danielle Scott)

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Brice Dansereau-Olivier

Blogueur société, politique et économie. Rédacteur en chef chez laplusgrandegueule.com. Étudiant à temps partiel, militant et emmerdeur à temps plein. Siège sur le C.A. de Québec Inclusif. Révolté, effronté et opiniâtre.
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