Charbonneau – Témoignage de Gilles Surprenant, Luc Leclerc et Michel Leclerc

Gilles Surprenant (M. TPS)

  • Ex-ingénieur de la Ville de Montréal;
  • Augmentait les budgets alloués pour des travaux de construction;
  • Récoltait une « taxe » de 1 % sur la valeur des contrats, d’où le surnom « M. TPS » pour « Taxe pour Surprenant »;
  • A admis avoir reçu des pots-de-vin dans les années 1990 et 2000. La valeur totale des pots-de-vin reçus avoisinerait les 700 000 $;
  • Un mois avant son témoignage, il a vendu sa maison à sa fille pour la somme symbolique d’un dollar.

Gilles SurprenantLors de son témoignage devant la Commission Charbonneau, l’ex-ingénieur Gilles Surprenant a reconnu avoir joué un rôle important dans la collusion et la corruption qui régnaient dans le domaine des canalisations à Montréal. Il a expliqué avoir modifié l’évaluation primaire du coût des contrats, faite par un logiciel informatique, pour ensuite rédiger une lettre afin d’expliquer la hausse des coûts lorsque l’entreprise choisie par le cartel l’informait du prix qu’elle désirait obtenir. Selon lui, ses deux supérieurs, Yves Themens et Robert Marcil, étaient au courant du stratagème.

Le témoin affirme avoir été corrompu pour une première fois au début des années 1990 par Frank Catania, de Construction Frank Catania et Associés, dans le cadre d’un contrat de canalisation dans Westmount. Ainsi, Suprenant admet avoir reçu des pots-de-vin entre 1990 et 2008, année au cours de laquelle remonterait possiblement le dernier pot-de-vin. Après avoir examiné 91 contrats, la valeur des pots-de-vin touchés par l’ex-ingénieur avoisinerait les 700 000 $. Il a entre autres confirmé avoir truqué des contrats relatifs aux développements de la Cité du multimédia à Montréal et de l’Opération 5000 logements, financés en partie par le gouvernement du Québec, et du programme Infrastructures Canada-Québec.

De ce montant, Surprenant a remis 122 800 $ aux enquêteurs de la Commission. Il affirme par ailleurs avoir perdu volontairement 250 000 $ au casino et 100 000 $ dans un prêt versé à Tony Conte, de Conex Construction, alors que l’argent restant aurait servi à payer l’éducation de ses enfants ou des rénovations sur sa maison.

Faisant suite au témoignage de l’ex-entrepreneur en construction Lino Zambito, Surprenant a confirmé qu’au moins trois employés à la Ville de Montréal, Luc Leclerc, Michel Paquette et François Thériault, empochaient également des pots-de-vin, en plus de confirmer la version selon laquelle la mafia récoltait 2,5 % de la valeur totale des contrats, alors que le comité exécutif de la Ville de Montréal — Zambito parlait plutôt du parti de l’ex-maire Gérald Tremblay — en récoltait 3 %.

Gilles Surprenant a pointé du doigt :

  • Yves Themens, ingénieur responsable de la planification de l’ensemble des travaux de construction à la Ville de Montréal. Suspendu avec solde le 3 octobre dernier;
  • Robert Marcil, ancien directeur du service de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal. Une enquête interne sur ses agissements a été amorcée en août dernier;
  • Michel Paquette et François Thériault, deux ingénieurs à la Ville de Montréal suspendus avec solde le 3 octobre dernier;
  • Luc Leclerc, ancien fonctionnaire à la Ville de Montréal qui aurait empoché des pots-de-vin;
  • les entreprises Construction A.T.A. et Domenico Aloisi, ATF, Bentech et Antonio Bentivegna, Super Excavations et Francesco Capello, Mirabeau Construction, Domenico Arcuri et Dominic Cammalleri, Garnier construction et Joe Borsellino, Construction Frank Catania et Associés, Frank et Paolo Catania, Catcan et Antonio Catania, Conex Construction Routière et Tony Conte, Infrabec, Piazza Construction et Johnny Piazza,ainsi que TGA Montréal et Joey Piazza.

Luc Leclerc

  • Ex-ingénieur à la Ville de Montréal;
  • Affirme avoir reçu au moins 500 000 $ en pots-de-vin dans les années 1990 et 2000;
  • A cédé sa maison à sa femme à la fin du mois d’octobre 2012.

Corrompu par des entrepreneurs en construction à la fin des années 1990, Luc Leclerc a admis avoir reçu au minimum 500 000 $ en pots-de-vin, dont 90 000 $ ont été remis aux enquêteurs de la Commission. Après un bref décompte, Leclerc a indiqué que 175 000 $ ont été investis dans un restaurant, 75 000 $ dans des projets de rénovation, 110 000 $ dans des dépenses courantes et 50 000 $ dans sa maison. Les pots-de-vin auraient cessé en 2009, lors de l’adoption d’un code d’éthique par la Ville de Montréal.

Administrer le budget de la Ville alloué aux travaux de canalisation, d’asphaltage et de trottoirs faisant partie de ses tâches, Leclerc a affirmé avoir exigé quelque 25 % des faux extras facturés par les entrepreneurs, qu’il a pu favoriser grâce à la complicité tacite des surveillants de chantier François Thériault et Michel Paquette.

Leclerc a également confirmé ce que Zambito avait avancé lors de son témoignage, à savoir que le clan mafieux Rizzuto touchait une part équivalente à 2 % ou 2,5 % de la valeur totale des contrats. Il a également affirmé qu’une tranche de 3 % était raflée par des politiciens, sans avoir plus de détails.

Luc Leclerc a pointé du doigt :

  • François Thériault et Michel Paquette, deux ingénieurs à la Ville de Montréal suspendus avec solde le 3 octobre 2012;
  • le clan Rizzuto;
  • les entreprises Construction Frank Catania et Associés, Construction Garnier, Constructions Infrabec et ATA. 

Michel Leclerc

  • Entrepreneur de la compagnie Terramex Inc.;
  • A commencé à collaborer avec des collusionnaires en 1998.

Michel Leclerc, entrepreneur de la compagnie Terramex Inc., spécialisée en aménagement urbain, affirme avoir commencé à collaborer avec des entreprises collusionnaires en 1998, lorsqu’il a rencontré Nicolo Milioto de Mivela Construction, pour qui il a fait de la sous-traitance à partir de 2000. Milioto réclamait 3 % de la valeur des contrats, une somme que Leclerc lui a remise en argent comptant une vingtaine de fois entre 2000 et 2009. Selon l’entrepreneur, entre 225 000 $ à 250 000 $ de l’argent obtenu grâce à la fausse facturation serait allé dans les poches des entreprises collusionnaires.

Pour éviter les soupçons, les entrepreneurs faisaient des soumissions de complaisance afin de couvrir le candidat choisi par le cartel. Terramex aurait ainsi soumissionné une vingtaine de fois en dix ans afin de permettre à d’autres compagnies d’empocher d’importantes sommes d’argent.

Il affirme par ailleurs que son associé chez Terramex, Luc Bédard, serait allé rencontrer Jacques Bergeron, vérificateur général de la Ville, à deux reprises en 2008 et 2009 afin de dénoncer les activités illégales dont il était témoin.

Michel Leclerc a pointé du doigt :

  • Nicolo Milioto, de Mivela Construction, supposé intermédiaire avec la mafia;
  • Guy Girard, ingénieur chargé de la surveillance des projets à la Ville de Montréal;
  • Robert Marcil,ancien directeur du service de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal;
  • les entreprises Excavations Super et Franco Cappello, Construction Garnier et Joe Borsellino, Catcan, Construction Frank Catania et Associés, TGA, Bentech, Soter, Simard-Beaudry, Conex, Infrabec, Timberstone, Canbec, Salvex et Joe Salvo et Artic Beluga.

À venir

La Commission, dans un bras de fer avec ses avocats, a clairement indiqué son intention d’interroger Raynald Desjardins, considéré comme étant l’un des dirigeants du crime organisé à Montréal. Desjardins est actuellement en attente d’un procès, puisqu’il a formellement été accusé d’avoir assassiné Salvatore Montagna, l’aspirant parrain, en novembre 2011.

Vito Rizzuto, ancien parrain de la mafia montréalaise, a également été assigné à comparaître après son retour au pays, le 5 octobre dernier. Il a passé les dix dernières années derrière les barreaux de la prison de Florence, au Colorado, où il purgeait une peine d’emprisonnement pour son implication dans une affaire de meurtre commis aux États-Unis en 1981. Un peu plus d’un mois après sa libération, des enquêteurs de la Sûreté du Québec l’ont retrouvé à Montréal. Questionné dans le cadre d’enquêtes menées sur de récents attentats attribués à une lutte de pouvoir dans la mafia, Rizzuto s’est vu remettre par un huissier accompagnant les enquêteurs un subpoena le contraignant à comparaître devant la Commission Charbonneau.

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