24 septembre : l’indignation est un luxe

 

Je voulais vraiment aller à la manifestation d’hier à Montréal, malgré le discours d’un bon ami qui me disait, avec raison dans un sens, que ça ne sert strictement à rien, qu’il faut viser seulement la grève sociale générale. Je me disais que celle-là, elle valait la peine, et qu’il fallait un max de monde, question de bien marquer notre mécontentement.

Quoi qu’il en soit, j’ai eu un empêchement familial, et je suis revenu chez moi juste à temps pour voir le reportage qui débutait le bulletin de nouvelles du Téléjournal de Radio-Canada à 18h. En voyant les images choisies de la manifestation, j’ai été très déçu de constater qu’il semblait y avoir eu un peu plus de 1000 personnes (une vidéo que je viens de visionner donne plus l’impression qu’il y en avait environ 2000, comme ce que les organisateurs ont déclaré). Dans le topo du journaliste à la fin du reportage, il avançait qu’il y avait eu 600-700 personnes… Et pour comble, il terminait en disant qu’il n’y a rien là pour ébranler le gouvernement. J’étais vraiment en beau fusil!

C’est vraiment classique, Radio-Canada annonce toujours une estimation absurdement basse. Je ne comprends pas, d’autant plus que c’est une journaliste de Radio-Canada, Marie-Maude Denis, qui déterre, sans doute avec l’aide d’autres collègues, ce qui nourrit l’indignation de la population, enfin la partie sensible, depuis un bon bout de temps. J’ai toujours pensé que c’est la connivence Radio-Canada-La Presse qui fait son oeuvre en tentant de couvrir le fédéraliste PLQ, mais là, c’est inextricable.

Ce qu’il y a aussi d’inextricable pour moi, c’est de savoir où se trouve ma déception. Premièrement, la question des médias sociaux. Oui, la manifestation a été annoncée principalement sur Twitter, mais aussi sûrement beaucoup sur Facebook, alors que presque la moitié des Québécois y sont. En conséquence de quoi, puis-je être extrêmement déçu de la quantité de gens qui y ont été présents? Est-ce que je peux être complètement désillusionné du soi-disant pouvoir des médias sociaux, que je pourrais appeler ici l’ultime outil technologique de bouche à oreille? Il faut se comprendre, je ne veux aucunement ici dénigrer le travail des organisateurs, ni la gentillesse des gens qui ont relayé l’information.

Sinon, je ne peux pas croire que la plupart des gens pensent comme mon ami, qu’ils sont prêts à se décoller les fesses de leurs fauteuils et de leurs chaises, mais surtout pas dans une manifestation! Alors, je peux bien avoir un immense doute quant à la réalité prochaine d’une grève générale. Il semble malheureusement qu’il va falloir qu’on se fasse saigner à blanc avant de bouger. Et ne doutons pas que ce chemin se pave tandis que nous nous dirigeons vraisemblablement vers une autre élection gagnante pour Charest et sa bande, grâce à un autre scrutin à l’aveugle, gracieuseté de nos merveilleux moutons vendus aux libéraux, et à l’épidémie d’autruches abstentionnistes, je-m’en-foutistes et cyniques. Cette dernière phrase se mérite un enrobage très ironique, et la totalité se mérite un tabarnac bien senti!

Il y en a pour dire que les gens de droite ont boycotté. Et c’est vraiment l’impression que j’ai eue, dans ce que j’ai pu lire sur Twitter. Pourtant, je crois que les gens de droite, enfin celle antiétatique, devraient craindre ce résultat. Nous avons le parfait exemple d’un État voyou envers sa propre population, et les gens ne réagissent pas devant cet évident détroussement. Visiblement, la propagande comme quoi l’État c’est le diable tout court n’a pas pris racine. Et ceux-là qui encensent la liberté individuelle à tout prix et crachent sur la solidarité devraient prendre note qu’ils se tirent dans le pied. Il n’y aura pas ici de Tea Party.

À constater la mollesse de la population, j’en arrive à la conclusion que l’indignation est un luxe.

Pascal Léveillé

Cofondateur et rédacteur en chef chez Le République
Cofondateur et rédacteur en chef du site Le République (anciennement Le Globe). Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle.
Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

Vos réactions :