HuffPostQc : Québec solidaire en réflexion

L’attaché de presse d’Amir Khadir, Christian Dubois, est venu mettre les pendules à l’heure au sujet de la participation des deux têtes dirigeantes de Québec solidaire en commentaire à la suite du billet « Un tapis rouge souillé pour le Huffington Post? ».

L’essentiel de son propos, c’est qu’il n’a jamais été question pour Amir Khadir et Françoise David de créer du contenu original pour le site, mais bien seulement de leur fournir des textes déjà publiés ailleurs. Par exemple, des billets tirés du blogue de Françoise David et des lettres ouvertes d’Amir Khadir (qui ne blogue pas), et qui sont ainsi publiés sur Vigile.net et Presse-toi à gauche. Ils sont surpris qu’on les désigne comme étant des blogueurs en bonne et due forme alors que ce n’est pas le cas selon eux.

Aussi, Québec solidaire réfléchit sérieusement sur sa collaboration avec le Huffington Post en regard des dernières informations et de la polémique actuelle.

 

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Personnellement, je vois d’un bon oeil cette possible volte-face. D’autant plus que c’est leur participation qui semble avoir le plus frappé l’imaginaire, et on comprend pourquoi. Un parti aussi clairement à gauche ne peut pas faire fi d’un modèle d’affaires aussi discutable éthiquement au niveau de la dynamique entre les fournisseurs de contenu et les diffuseurs. Ils font leurs devoirs et c’est très bien ainsi.

Pour ma part, comme je l’indiquais en commentaire à Claude Demers sur son blogue, je pense que le problème avec ce modèle d’affaires c’est qu’il exploite la générosité et le talent des blogueurs en leur faisant miroiter de la visibilité qui ne sert finalement qu’à engendrer des profits que le site ne partage pas au final. C’est bien beau l’idée de créer une « nouvelle plateforme qui n’existerait sans doute tout simplement pas sans ce principe de gratuité », mais c’est le résultat qui est discutable : la générosité ne va que dans un sens.

Dans le fond, c’est la multitude la clé de ce modèle d’affaires et elle devient aussi l’assurance que l’indignation d’un seul ou de quelques-uns du lot ne puisse le faire s’écrouler (on pourrait même ainsi douter d’un effet domino avec la possible volte-face de QS…). Pour un seul qui se sentira exploité et qui cessera sa collaboration, il y en aura dix (un chiffre comme ça) pour s’y complaire en se disant que c’est mieux que rien. Et ce « mieux que rien » signifie seulement la visibilité que permet la multitude, et ainsi tourne la roue. Serais-je trop dur d’écrire ici que c’est un cercle vicieux?

En fait, je vais être encore plus dur. Ça me fait étrangement penser à un système pyramidal cette patente, le genre qui ne devient profitable qu’à ceux qui l’ont mis en place. Même que ça me semble pire, puisque plus subtil, et même inattaquable : je ne crois pas que la poursuite du blogueur Jonathan Tasini fera mouche (il poursuit HuffPost pour que « 9000 contributeurs non rémunérés aux États-Unis soient payés pour la valeur qu’ils ont créée »). Pourquoi elle ne fera pas mouche? Parce que toute l’affaire repose sur un contrat implicite de gratuité.

Alors, c’est la valeur du travail et de l’énergie dépensée par les blogueurs qui est comme la mise de fonds du système pyramidal, sans qu’elle puisse être considérée comme de l’argent sonnant au niveau légal. Voilà où est tout le génie de ce modèle d’affaires.

Pascal Léveillé

Cofondateur et rédacteur en chef chez Le République
Cofondateur et rédacteur en chef du site Le République (anciennement Le Globe). Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle.
Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

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