Pourquoi le Huffington Post a échoué en Angleterre

ARIANNA HUFFINGTON Photo: Getty

 

Nick Denys, affilié au site britannique The Kernel, souligne l’insuccès de l’expérience Huffington Post en Angleterre et tente d’en expliquer le pourquoi dans un article publié hier. Il arrive à la conclusion que les raisons sont un manque de « leadership » et une qualité médiocre au niveau des collaborateurs. Dans l’optique où cette entreprise ouvrira très prochainement un espace destiné au public québécois, il serait intéressant d’en faire ressortir ici les grandes lignes. Et puis, transparence totale, j’ai été très critique de ce projet dans trois billets publiés à la fin de la dernière année : « Un tapis rouge souillé pour le Huffington Post? », « HuffPostQc : Québec solidaire en réflexion » et « HuffPostQc : QS ne recule pas et même avance vers nous ». Alors, nous verrons bien si le passé est garant de l’avenir, ou le contraire. Et ma critique concerne surtout le fait de ne pas payer les blogueurs.

L’article commence par une citation, ce que les deux compagnies ont affirmé lors de l’achat par AOL : « The combination of AOL’s infrastructure and scale with the Huffington Post’s pioneering approach to news and innovative community-building … will mark a seminal moment in the evolution of digital journalism and online engagement. » (Traduction libre : l’association de l’infrastructure d’AOL et de l’approche novatrice du Huffington Post au niveau de l’information et du développement de communauté virtuelle … va marquer un moment charnière dans la l’évolution du journalisme numérique et de l’engagement en ligne.)

Ensuite, ce que l’auteur note, c’est que les ambitieux projets d’expansion ont été exécutés avec une première opération en dehors de l’Amérique du Nord, soit le site britannique, mais que les résultats au niveau du trafic ont été décevants selon des sources proches de la compagnie. Pour ce qui est de l’implication des internautes, elle serait pratiquement inexistante (« virtually non-existent »).

Pour expliquer cela, Nick Denys pointe premièrement l’arrogance américaine (ou plutôt, ce que j’en comprends, celle de la fondatrice du populaire site états-unien). Il pense qu’Arianna Huffington surestimait les répercussions de l’ouverture du HuffPost Grande-Bretagne, comme si elle s’était aveuglée de son succès et n’avait pas pris en considération l’impressionnante pénétration du web dans ce pays. Il termine en disant que cette plateforme américaine, qui a été pionnière et innovante à l’époque, il y a six ans, lors de son lancement, n’a rien accompli pour faire avancer le débat public en Grande-Bretagne.

L’autre problème qu’il soulève, c’est la qualité de son personnel et de ses collaborateurs qui pour lui n’ont pas livré des textes d’opinion de qualité suffisante pour que le site se fasse un nom. Et dans un contexte où l’environnement des médias sociaux est dynamique, compétitif et bien ancré dans les habitudes des lecteurs et où les autres médias ont développé différemment leur présence web de leur présence physique, pour lui la direction du Huffington Post (AOL) n’a pas su aller plus loin que cette idée : ce qui a fonctionné aux États-Unis devrait fonctionner aussi bien au Royaume-Uni…

Aussi, en plus de viser l’absence de direction idéologique, il souligne que l’« offre » (en fait, le modèle d’affaires), basée sur la gratuité du contenu versus une plateforme et un public, devient obsolète grâce aux médias sociaux qui sont des lieux de promotion efficaces. Encore, selon différentes sources, il affirme que les billets soumis à HuffPost prennent deux jours à être publiés, ce qui pour lui est inconcevable dans un monde où l’instantanéité est si importante. Et pour terminer, il leur conseille de prendre plus en considération les différences entre les États-Unis et l’Angleterre, donc de se synchroniser le plus possible avec le pouls du lectorat britannique, et d’engager des journalistes et du personnel de direction talentueux.

Ici, pour le peu que nous en savons, il semble que le niveau des collaborateurs est prometteur, enfin, pour ce qui est des grosses têtes d’affiche. Et puis, pour ce qui est du côté anglais, il me manque une certaine connaissance des collaborateurs et du contexte là-bas pour me faire une idée. Par contre, le fait de constater les résultats décevants au niveau du trafic ne peut pas mentir.

Mais il n’y a pas qu’en Angleterre où le dossier Huffington Post créé la polémique. En France, là où la compagnie va ouvrir une filiale très prochainement (va-t-elle comme ici repousser et repousser le lancement?), des journalistes du journal Le Monde « demandent des garanties à leur direction » :

En effet, certains journalistes s’inquiètent du poids et du rôle d’Anne Sinclair, l’épouse de Dominique Stauss-Kahn, dans la version française du site américain Huffington Post, qui devrait être lancée le 23 janvier. Ils redoutent en effet que la présence de l’ancienne journaliste de TF1, qui sera partie prenante dans les choix éditoriaux, ne brouille l’image du Monde, qui détient toujours 34% du capital du Huffington Post.

Au Québec, le bateau semble voguer sur des eaux beaucoup plus calmes, mais l’avenir pourrait nous réserver quelques surprises.

Pour poursuivre votre lecture à ce sujet :

http:///2012/01/re%cc%81mune%cc%81ration-des-blogueurs-e%cc%81thique-ou-utopique/

http:///2012/02/huffington-post-que%cc%81bec-entre-autres-ampute%cc%81-de-dix-personnalite%cc%81s/

http:///2012/02/huffington-post-quebec-lethique-sous-le-tapis/

http:///2011/12/un-tapis-rouge-souille-pour-le-huffington-post//

Pascal Léveillé

Cofondateur et rédacteur en chef chez Le République
Cofondateur et rédacteur en chef du site Le République (anciennement Le Globe). Blogueur depuis 2007. C'est maintenant ma manière principale d'être créatif, alors que j'ai touché à l'art visuel (études à l'appui), au chant, à la musique et à l'écriture plus fictionnelle.
Justement, j'ai un roman en branle et j'espère pouvoir inscrire ici un jour que je suis aussi écrivain...

Vos réactions :